Pour ce rendez-vous mensuel, trois textes très différents : un roman de Laurent Gaudé, auteur que j’apprécie beaucoup ; une nouvelle russe d’Anna Lavrinenko, publiée aux éditions de l’Aube ; et un roman jeunesse, lu en anglais : Hurricane Gold de Charlie Higson. Trois auteurs du XXIe siècle, trois nationalités.

Eldorado de Laurent Gaudé (2006)

eldorado

« Il faut trois générations. Les enfants de nos enfants naîtront là-bas chez eux. Ils auront l’appétit que nous leur aurons transmis et l’habilité qui nous manquait. Cela me va. Je demande juste au ciel de me laisser voir nos petits-enfants. »

C’est ce qui pousse tous ces jeunes à tenter leur chance et à abattre toutes les frontières. Mais qui pousse Salvatore Piracci, commandant d’une frégate sicilienne, à les intercepter encore et encore ? Son travail ? Le sentiment de faire respecter la loi ? de sauver les misérables qui sont abandonnés par leurs passeurs ? Devant l’incapacité de répondre à cette question, le beau commandant va tout quitter pour vivre cette aventure du « bon » côté, celui des migrants qui veulent accéder à l’Eldorado, l’Europe. Parce que tout homme a besoin de croire qu’il existe mieux ailleurs, et que cet ailleurs est à portée de main. « L’Eldorado, commandant. Ils l’avaient au fond des yeux. Ils l’ont voulu jusqu’à ce que leur embarcation se retourne. En cela, ils ont été plus riches que vous et moi. Nous avons le fond de l’œil sec, nous autres. Et nos vies sont lentes. »

Nous voici également aux côtés de Jamal, qui a amassé petit à petit de quoi payer son passage vers l’Espagne, mais pour qui la route ne sera pas non plus facile. Car « Aucune frontière n’est facile à franchir. Il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. […] Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes. » Et qu’ensuite il s’agit de se reconstruire entièrement dans un nouveau pays, qui ne veut pas de toi.

Sans juger, Laurent Gaudé nous livre un magnifique roman plein de beauté et d’horreur, avec une plume qui me transporte toujours autant. Un roman qui hante et qui nous fait voir le monde autrement …

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L’enfant perdu d’Anna Lavrinenko (2013)

enfant perdu

« On m’a perdu à l’aéroport, dans la salle d’attente. Et puis, bien des années plus tard, je suis devenu adulte. » De ce traumatisme initial, le narrateur ne s’est jamais remis : ne posant sans cesse la question de la cause de cet abandon par sa mère, qui est partie en le laissant derrière lui, il n’a jamais réussi à être heureux.

Un soir, ayant oublié les clefs de son appartement, il va en prendre conscience et s’efforcer de se sortir de ce marasme. Mais plus globalement, il se rend compte que dans son entourage, sa génération a le même problème …

« Nous avons vieilli, changé ; nous avons en chemin perdu peu à peu nos espérances, abandonné quelque part nos rêves en essayant de ne plus y penser, nous avons gaspillé nos vies en vain pour des choses qui n’en valaient pas la peine : nous avons désappris à être heureux. »

Cette nouvelle assez longue est une belle métaphore du sens de la vie. Elle est intemporelle et offre une leçon de morale que l’on ne devrait jamais oublier : dans nos sociétés modernes, le bonheur n’est jamais bien loin, mais encore faut-il vouloir y parvenir.

« Il n’était pas nécessaire que l’événement déclencheur soit grandiose. Peut-être suffisait-il simplement d’oublier les clefs de son appartement, de s’asseoir dans la cage d’escalier déserte et de commencer à comprendre sa vie. Et d’admettre qu’elle n’est pas si horrible que l’on croit. »

Un beau texte, de la nouvelle littérature russe.

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Hurricane Gold de Charlie Higson (2007)

hurricane

Hurricane Gold est le quatrième volume des aventures du jeune James Bond, personnage d’Ian Fleming, le faisant apparaître comme un adolescent dans les années 1930. Dans ce tome, James est parti se reposer après sa dernière aventure : il suit sa tante Charmian qui veut partir en expédition dans la jungle mexicaine. Elle souhaite le laisser auprès d’amis, les Stone, le pensant en sécurité. Mais alors qu’elle vient de partir, une violente tempête secoue le pays : James se retrouve bloqué dans la villa des amis, avec pour seule compagnie les deux enfants de la famille, une jeune fille très gâtée, de son âge, et son petit frère. Cette même nuit, la maison est cambriolée par des gens étranges, et les deux enfants sont pris en otage. James n’hésite pas et part à leur recherche. Ainsi démarre un périple qui va le conduire jusqu’à une île peuplée de malfrats désirant se faire oublier, et à une épreuve qui dépasse ses pires cauchemars …

Un roman jeunesse sympathique qui se lit bien, avec du suspens, des aventures, des dangers, beaucoup de violence, et des jeunes héros courageux. Un bon moment de lecture pour les adolescents.