salvayre

7 femmes au destin ordinaire ou extraordinaire. 7 femmes prises dans l’Histoire ou dans leur histoire. 7 femmes connues ou inconnues. 7 femmes qui ont lutté pour ce qu’elles aimaient. 7 femmes qui se sont battues pour écrire, et l’ont parfois payé.

7 femmes à qui Lydie Salvayre a voulu rendre hommage sans cacher leurs faiblesses et leurs noirceurs, les replaçant dans leur contexte et leur parcours. D’Emily Brontë la privilégiée à Djuna Barnes qui vécut une enfance difficile.

Toutes ont contredit l’assertion de Robert Southey, poète romantique chiche en idées : « La littérature ne peut être l’affaire d’une femme et ne saurait l’être. »

Toutes ont souffert. Beaucoup d’entre elles ont choisi de mettre fin à leurs souffrances, mais leur œuvre nous est quand même parvenue, intacte, avec ses défauts et ses perfections. Le bois de la nuit, Mrs Dalloway, Les Hauts de Hurlevent, La Cloche de détresse. Que nous connaissions ou pas ces écrits, les parcours que retrace Lydie Salvayre, faisant œuvre de biographe, de critique et de lectrice passionnée, ne peuvent nous laisser indifférents.

Mais disons d’abord quelques mots sur chacune :

Emily Brontë : « une femme très jeune et qui a l’audace de questionner l’énigme du Mal. »

Djuna Barnes : « elle y mit de sa vie ce qu’il fallait. [..] Elle y mit enfin son sens de l’élégance, son ironie, sa brutalité et ses lancinantes désillusions. »

Sylvia Plath, dominée par son mari le poète Ted Hughes : « Vivre et créer sont pour elle, décidément, des entreprises colossales. Comment trouver un équilibre entre les enfants, les sonnets, l’amour et les casseroles sales ? »

Colette : « elle déclare à qui veut l’entendre qu’elle n’a pas la vocation, qu’elle n’est pas faite pour écrire, mais alors pas du tout, qu’elle n’aime pas ça, qu’écrire exige une patience dont elle est dépourvue. » Et pourtant …

Marina Tsvetaeva : « Seul ce dont personne n’a besoin a besoin de poésie. » Ce cri qui donne le frisson fut celui d’une écorchée vive qui affirma, avec une intransigeance folle, que là où il y avait la poésie il y avait le monde. »

Virginia Woolf : « Il est dans ma nature de n’être jamais assurée de rien; ni de ce que je dis, ni de ce que disent les autres, et de toujours suivre aveuglément, instinctivement, avec l’impression de franchir d’un bond un précipice, l’appel de … l’appel de … »

Ingeborg Bachmann : « elle ne recule devant rien dans ses pensées […]. Elle est à cent pour cent dans ses poèmes ».

Lydie Salvayre, en nous transmettant son admiration profonde pour ces femmes, nous offre une belle introduction à leurs vies et par là même, à leurs oeuvres. Car en sortant de la biographie conventionnelle, qui s’en tiendrait aux faits, elle nous allèche d’autant plus : par sauts et gambades, par bonds dans le temps, elle illustre ce qui a fait d’elles des écrivains et parle de lectrice à lectrice / lecteur.

Alors certes j’ai pu parfois lui reprocher la légèreté de sa langue (Sylvia Plath est « cool » ou « au top »), néanmoins l’effet voulu est là : j’ai découvert des femmes que je ne connaissais pas, j’ai entrevu un instant la richesse de la littérature féminine du XIXe et XXe siècle, aussi bien romanesque que poétique. J’ai approfondi ma connaissance de certaines que je croyais connaître, et dont il me reste tout à attendre.

Bref je suis sortie plus riche de cette lecture, que je ne peux que conseiller à tout amateur ou amatrice de littérature … messieurs, prenez-en de la graine et dites-moi si vous seriez capable de mener une vie de mère, d’épouse, de femme et d’écrivain en même temps, au cœur des tumultes de l’Histoire ?

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