roi marc

« On dit qu’ils ont bu un philtre, tous les deux, qui les a ensorcelés, et que ce filtre m’était destiné, à moi, que l’erreur est impardonnable. Mais quand on parlera d’amour, plus tard, on pensera à eux, non à moi. Sans moi, leur romance se raconte en une phrase. »

Ce « moi », ce narrateur qui ouvre son récit, c’est le roi Marc, celui dont personne ne parle aujourd’hui, à part pour le décrire comme le mari jaloux qui a fait tuer les deux personnages d’un des plus beaux amours de tous les temps : celui de Tristan et Yseut.

Tristan, considéré comme un fils par Marc qui l’a élevé à la cour pour en faire son héritier. Et Yseut, douce Yseut venant du pays de Galles et destinée à épouser un homme qu’elle ne connait pas. Et c’est avant même que les deux époux se rencontrent que l’idylle interdite se noue, scellant à jamais destin des amoureux.

Et Marc dans l’histoire ? Et bien le roi Marc, le roi cocu, le roi fou, est aussi un homme après tout, voilà ce que nous dit Clara Dupont-Monod. Un homme qui aime sa femme, qui aime son neveu, et va se retrouver trompé par les deux. Un homme qui voit sa vie défiler, qui se voit ridiculisé par leur faute, alors qu’il essayait de bien faire, alors qu’il aimait.

Ce texte est formidable car il déroule, en un long monologue, les affres universels d’un homme bafoué. Incapable de voir ce qui est sous son nez, incapable d’y croire, mais aussi incapable l’indifférence de sa femme, qui ne lui offre aucun point de reproche, aucune prise où s’agripper pour comprendre.

A côté, Yseut paraît bien légère, et Tristan bien ingrat, eux qu’on ne voit qu’à travers ses yeux. A côté, leur histoire d’amour ne paraît plus si belle, même égoïste.

« La belle histoire d’un amour impossible, fait de ruses et de mensonges – mais quand on aime, on est au-dessus des lois … Et cette charmante histoire enjamberait les siècles, jusqu’à devenir le mythe de l’amour éternel, ridiculisant le mien … Le roi Marc est un bourreau, qui cloître et chagrine. »

Clara Dupont-Monod a réussi à un beau tour de force par ce texte original, qui résonne au plus profond de nos cœurs, et même si j’ai ressenti une ou deux longueurs tant Marc semble ressasser les mêmes pensées, et restera longtemps dans ma mémoire. Un beau style, une histoire originale, une narration originale …

Et même de l’humour et un clin d’œil, face à Arthur qui se moque de lui : « Je voudrais voir Arthur face à Guenièvre, son épouse, si elle tombait amoureuse de Lancelot, par exemple. Je voudrais voir ce que deviendrait le bon roi ! »

Que demander de plus ? 🙂

PS : un postulat avant lecture : connaître la légende, pour mieux le comprendre …

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