passerelles

« Ce banc, c’était le bac à sable où il n’avait pas pu jouer, c’était la porte du verger qui donnait sur la route et les champs et qu’il n’avait jamais ouverte.  C’était une frontière traversée dans l’immobilité, une transgression dans l’inaction et le silence. » Dans une banlieue grise, un soir doux et chaud, la narrateur s’arrête sur un banc devant chez lui et se souvient de sa vie : celle d’un enfant pauvre, qui aide désormais les autres à s’en sortir (dans un centre social apparemment). Un homme désormais, qui vit avec sa mère car sa grande sensibilité a toujours rendu sa vie sociale difficile. Un homme qui, comme tant d’autres, n’a pas à son actif de « fait de guerre, pas de découverte, de théorie mathématique ou de citation philosophique. Il n’en reste pas moins que [ces personnes] ont aimé, espéré, donné du plaisir ou de l’espoir à ceux qu’ils ont connu. »

En alternance de ces impressions du soir, on trouve des souvenirs d’émotions précises : le bain du dimanche soir, « quelques repères dans la petite enfance, de minuscules pierres qui avaient servi à le bâtir, comme chaque grain de sable fait partie de la dune »; les premières sensations; les premiers souvenirs : les premiers livres;
Pour lui, « l’essence de la littérature ne résidait pas dans les descriptions fastidieuses ou dans les dialogues sans fin, elle devait être condensée en sonorités évocatrices. […] Chaque nouveau livre ouvert était comme un plat qu’il se préparait à déguster ; les ingrédients étaient connus, mais restait la main de celui qui l’avait cuisiné. »

Je ne sais pourquoi j’ai tant apprécié ce roman, d’un auteur qui me l’a gentiment proposé, si ce n’est que je me suis sentie proche de ce narrateur qui fait attention à chaque détail du soir qui tombe, qui dévoile ses faiblesses, ses envies. Qui est apaisé. Qui vit avec les livres et s’en contente. Un homme qui fait attention à ses semblables, et décortique nos réactions face à la misère, la faim, la violence. Sans en faire un essai, mais plutôt un texte humaniste, ou simplement humain.

« Enfance et adolescence, qu’avez-vous de si doux qui nous obsède jusqu’à notre dernier souffle ? Non pas notre corps de chérubin, non pas nos acnés dévastatrices, mais le silence, l’espace disponible aux douceurs de la vie. Un regard souriant sur le défilé des jours. La virginité de l’instant fugace sans cesse renouvelé. »

Malgré quelques idées toutes faites et belles phrases pour le plaisir, ce roman nous offre le plus beau des cadeaux : l’envie de nous poser, et de contempler le soir qui tombe; et une belle ode à l’enfance.

Un texte à découvrir, que je suis prête à faire voyager si cela intéresse quelqu’un !