femme miroir

Une fois n’est pas coutume, j’ai lu les commentaires de plusieurs personnes avant d’attaquer le mien : roman de plage, sac de clichés, trop long, grosses ficelles. Les réactions négatives sont nombreuses, certains étant déçus par rapport à d’autres livres du même auteur (pour ma part, j’avais adoré La part de l’autre et moins aimé Monsieur Ibrahim et les Fleurs du Coran); d’autres étant confortés dans l’idée que c’est un auteur grand public, qui ne s’est pas foulé dans son écriture et son histoire.

Je suis d’accord avec certaines de ces critiques : ce n’est pas un chef d’œuvre, cependant ce n’est pas trop mal écrit, ça se lit rapidement, et l’histoire tient la route. Mais laissez-moi d’abord vous en dire plus : l’auteur nous plonge alternativement dans l’histoire de 3 femmes, Anne de Bruges au 16e siècle, Hannah la Viennoise à l’époque de Freud, et Anny l’actrice américaine moderne débauchée et excessive (inspirée de Marilyn ou autres artistes ayant connu les affres de la célébrité et de la vie friquée facile). Ces trois femmes, chacune dans leur milieu et leur époque, se sentent différentes et vont faire des choix qui sont justement symboliques de leurs époques : le début de la Renaissance et l’idée que Dieu n’est plus partout et n’est pas l’unique réponse aux questions des hommes ; l’émergence de la psychanalyse et la conscience de soi, la déculpabilisation des hommes et des femmes ; le combat contre le dévoiement de l’époque.

Pour chacune d’elles, l’auteur nous conduit à travers leurs vies, sur plusieurs mois voire plusieurs années, les laissant évoluer à leur guise et s’affirmer. Si j’ai préféré l’histoire d’Anne au début, si fragile, proche de la nature, j’ai ensuite plutôt été attirée par celle d’Hannah, femme moderne qui sort des schémas attendus du mariage et de l’enfantement, et puis c’est la fin de l’histoire d’Anny qui m’a finalement le plus convaincue, peut-être parce que je la comprenais le mieux. Et finalement, là où les 3 se rejoignent n’est pas le plus important, c’est plutôt la manière dont elles acquièrent leur indépendance et accèdent à leur idéal en passant par des phases d’examen critique, de doutes, etc. Parce que, au contraire du cinéma, la vie n’est pas une ligne droite avec un début, un milieu, une fin, mais « une succession d’événements désordonnés que nous subissons » et qui peut s’arrêter à tout moment.

Alors caricaturales ces femmes ? Oui bien sûr, mais l’idée était (je pense) d’en faire des symboles et non pas des personnages réalistes : elles devaient incarner leur époque. Alors peut-être Eric-Emmanuel Schmitt a t-il échoué dans son projet initial. En tout cas, c’est tout de même un projet original, et d’autant plus méritoire que ces destins de femmes ont été racontées par un homme …

En bref un roman qui se lit bien, intéressant, sans être transcendant.

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livre poche