évaporés

« Ici, au Japon, lorsque quelqu’un disparaît, on dit simplement qu’il a fait une fugue, ou qu’il s’est évaporé. »

C’est ce qui arrive au père de l’amie du narrateur, le détective privé Richard. Lorsque Yukiko l’appelle à l’aide pour retrouver son père, Richard se voit obligé de quitter les États-Unis pour le pays étrange qu’est le Japon moderne. Un Japon frappé de plein fouet par le tsunami et l’accident nucléaire, qui peine à se reconstruire et produit des situations désespérées pour certains habitants. Ce qui les pousse parfois à fuir, à tout quitter pour éviter les dettes, le chômage, la honte, et reconstruire une vie à partir de zéro, même si cela signifie quitter sa femme et ses enfants …

« La décennie perdue. C’était une époque étrange. Tout le monde s’est mis à courir sur place, on aurait dit le pays de la Reine rouge, dans Alice. On continuait de courir, comme pendant les années 1980, avec les mêmes recettes et le même désir effréné de fric et de bonheur à portée de main, de bonheur qui s’achète, mais le monde courait plus vite que les gens. » Et « les jeunes n’avaient jamais eu si peu d’avenir. Il n’y avait jamais eu autant de suicides et de fugues. »

Petit à petit, Richard en vient à comprendre le Japon, tandis que Yukiko qui l’a quitté à 18 ans, redécouvre ses racines.

En parallèle, on suit le disparu, Kaze, qui veut comprendre ce qui a poussé son patron à le renvoyer, et met le nez dans des affaires louches … Au cours de ses errances, il rencontre un jeune garçon qui a perdu ses parents dans le tsunami et lutte pour survivre.

Bref Thomas Reverdy nous dépeint un Japon presque apocalyptique, dans lequel « la misère est une énergie renouvelable. » Et où on a du mal à reconnaître un pays moderne tant il paraît corrompu, et sans avenir. Pessimisme ? Exagération ? ou Lucidité ? « Je suis sûr qu’il y ait des Français qui pensent que leur pays c’est la littérature, alors qu’ils ne fabriquent plus que des parfums et du bordeaux, et des Italiens qui nous parleraient des heures de l’opéra, quand le monde entier ne les connaît plus que pour la scène de la cuisson des pâtes en prison dans Les Affranchis. Le monde change. »

Le monde change. C’est finalement la plus grande leçon de ce texte : les choses ne sont plus ce qu’elles étaient, et les gens ont peur, ils fuient, ils s’évaporent, ils rêvent d’une seconde chance, à l’instar de Yukiko qui reste au Japon, ou de Richard qui voudrait qu’elle lui revienne. « Tu es une Japonaise de la douceur de vivre et de la délicatesse, comme moi je suis un Américain des grands espaces et de la pêche aux truites. Nos pays n’existent plus. »

Au final, un texte intéressant sans plus avec ce portrait sans concession du Japon, reflet du déclin des civilisations occidentales ?

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Masse Critique !

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