place à prendre

« Tous se représentaient cette place à prendre non pas comme un espace vide, mais plutôt comme un chapeau de magicien, regorgeant de possibilités. »

Lorsque Barry Fairbrother décède brutalement un triste soir, le village de Pagford est aussitôt en ébullition : non pas à cause du deuil mais parce que cela signifie qu’il y a une place à prendre au conseil paroissial … Un poste de pouvoir et d’influence, qui va attirer bien des convoitises : entre Colin, dit le Pigeon, proviseur adjoint du collège de Pagford qui se voit comme le digne héritier de Barry ; Simon le père tortionnaire qui y voit une manière de se faire reconnaître dans le village ; et le fils d’Howard, conseiller paroissial lui-même qui veut gagner les habitants de Pagford à sa cause ; la lutte sera dure … Mais s’ils se méfient de leurs ennemis, leur erreur respective sera de ne pas voir le Brutus qu’ils hébergent tous chez eux …

Car autour de ces trois personnages, qui sont centraux sans être les héros, gravitent une galerie de portraits hauts en couleur, en particulier des adolescents qui profitent de cette lutte entre adultes pour régler leurs propres comptes … Andrew, le fils de Simon se vengera ainsi de son père, la brute épaisse ; Colin se fera poignarder également par son propre fils.

Et puis il y a les dommages collatéraux : la cité des Champs, qui se situe sur la commune d’à coté mais qui veut appartenir à Pagford, sera la pomme de discorde au cœur de cette lutte électorale. Et les habitants des Champs, comme la jeune Krystal, seront les premiers à pâtir de la disparition de la figure tutélaire et parfaite qu’était Barry Fairbrother …

J. K. Rowling a créé un univers complexe qui explore des caractères très divers, mais parfois un peu caricaturaux et qui ne m’ont pas complètement convaincue : aucun adulte, aucun habitant de Pagford n’échappe à sa plume aiguisée. On ne peut en effet assurément pas l’accuser de bons sentiments, d’avoir fait une happy end ou de ménager ses personnages : ils se font battre, violer, agresser, injurier. Les ados jurent et parlent comme des charretiers. Aucun adulte n’est totalement innocent ou semble posséder la moindre qualité.

Et elle navigue ainsi de Charybde en Scylla jusqu’à l’apothéose finale qui mène le lecteur à un espèce d’écœurement, de trop plein de violences et d’excès. Alors certes je ne suis pas pour le monde des Bisounours, mais tout de même … Ce qui m’a finalement gêné, c’est l’écart qu’elle fait avec Harry Potter : comme si cet excès était justement là pour démontrer qu’elle pouvait écrire autre chose, avec des adolescents portés sur le sexe, des adultes ni sauveurs de l’humanité ni magiciens noirs, et dans un monde désespérément ancré dans le monde réel. Un monde qui tourne un peu en rond au bout de 700 pages …

Pour ma part, si j’ai donc lu assez rapidement ce gros roman (dans lequel je n’ai pas trouvé l’humour noir annoncé, seulement le noir …), je n’ai donc pu m’empêcher d’être déçue. Je ne m’attendais pas à ce qu’elle écrive un autre Harry Potter, mais je n’ai pas du tout retrouvé ce qui faisait le charme de son écriture, et son habileté à construire un monde.Au final c’est un roman mal équilibré (le titre est trompeur car finalement le thème central n’est pas vraiment la place à prendre, qui est résolu à la page 400) et loin d’être inoubliable.