Plus l’on tarde à écrire les articles après la lecture, plus c’est difficile … Voilà pourquoi j’ai finalement décidé d’écrire quelques lignes rapides sur ces trois romans plutôt que de les laisser traîner plus longtemps. 1 roman français du XXe, un du XXIe et un britannique d’entre les deux (2000 !). Deux déceptions et une lecture très agréable (normal, c’est Benacquista !)

John l’Enfer / Didier Decoin (1977)

john l'enfer

New York vieillit … Cette ville qui fut indienne avec le petit village de Manhattan meurt de la lèpre des pierres, et personne ne peut rien y faire.

Personne, pas même le Cheyenne John l’Enfer, laveur de carreaux de son état, qui observe de son poste d’observation privilégié : les gratte ciels qu’il nettoie. « Le Cheyenne a toujours eu l’impression d’être le spectateur privilégié de cette ville à la surface de laquelle il ne prend pied que pour fermer les yeux. »

Et pourtant, même les Indiens, normalement non sujets au vertige, commence à en mourir. « Le douzième laveur de carreaux qui s’écrase en moins de six mois. Tous des Indiens. Je le croyais pourtant différents de nous autres, insensibles au vertige ? / Oui, ça se passe dans leur oreille interne. Maintenant, si ça se trouve, ils s’adaptent. Et ils en meurent. »

Mais à côté il y a le triangle amoureux formé par l’universitaire Dorothy qu’un accident a rendu temporairement aveugle; le marin polonais Ashon Mysha, désespéré car vieillissant, et John l’Enfer. Trois figures désespérées dans une ville qui agonise … « Tous deux savent que la cité dissimule sous sa poussière et son clinquant une charpente qui se sclérose davantage de jour en jour. »

John l’Enfer le Cheyenne et Dorothy l’aveugle provisoire sont des personnages qui seront vite oubliés dans mon panthéon littéraire. Je n’ai en effet absolument pas su m’attacher à leur histoire, présentée un peu en vrac à la manière d’un roman mal maîtrisé. Quel est le sujet exactement ? Les Indiens ? Les aveugles ? New York qui part en lambeaux ? Qui est réellement John l’Enfer ?

Que de questions auxquelles les 250 pages du roman ne m’ont pas permis de répondre …

Publié en 1977, le livre a pourtant reçu le Prix Goncourt. Mais décidément, cette histoire de ville qui se mine, ce personnage qui erre sans vraiment faire grand chose, rien ne m’a touché, rien ne m’a vraiment intéressé et je suis passée complètement à côté du texte.

J’ai lu ce livre pour Le Club des Lectrices ! Si vous voulez une analyse plus complète et enthousiaste, lisez plutôt l’avis de Lili Galipette qui est vraiment rentrée dedans …

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Quand nous étions orphelins de Kazuo Ishiguro (2000)

orphelins

Christopher est parti de Shanghai quand il avait une dizaine d’années, après avoir perdu son père et sa mère. Vingt ans plus tard, il est devenu détective privé et s’est fait la promesse d’enquêter sur la disparition de ses parents, blessure qui n’a jamais été atténuée par le temps. Mais son histoire n’est pas seulement personnelle, car elle s’inscrit dans la période d’entre deux guerres, une périodes où les tensions n’étaient pas focalisées qu’en Europe : la guerre fait rage entre la Chine et le Japon, et le no man’s land qui s’est créé ne va pas faciliter les choses pour le jeune héros.

Récit chronologique à la première personne, j’ai retrouvé avec plaisir l’écriture de Ishiguro, que j’avais trouvé si vraie et si belle dans Les Vestiges du jour et dans Auprès de moi toujours. Ce roman m’a d’ailleurs enchanté dans la première moitié : on découvre petit à petit ce qu’est la vie de Christopher, grâce à un certain nombre de flash-back. Et puis petit à petit je me suis lassée de ce mode de narration (à force de se rappeler le passé, on se dit qu’on voudrait que le présent se déroule un peu plus vite) et l’histoire m’a parue traîner en longueur, jusqu’à une fin un peu décevante (mais bon, les miracles n’existent pas toujours en littérature) et une sensation d’inachevé qui m’a laissé sur ma faim.

Au final un beau roman mais inégal donc un peu décevant.

Babelio ABC

Lettre I !

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Nos gloires secrètes / Tonino Benacquista (2013)

gloires

Lequel d’entre nous ne garde pas, enfouie au plus profond, sa gloire secrète?

Benacquista lui n’en doute pas pour ses personnages : chacun d’eux a un secret, chacun d’eux a une part d’ombre, mais aussi une part lumineuse dont ils ne sont pas toujours conscients.  Crime, maladie, vocation cachée, bienfaiteur inconscient, les 6 personnages de ces 6 histoires ont toutes un passé glorieux ou une vie intérieure bien plus exaltante que leur quotidien.

Moi qui n’aime habituellement pas les nouvelles, j’ai été séduit ici par l’unité de ton et les thématiques qui sont proches entre ces 6 textes, des textes profonds qui se suffisent aussi à eux-même. Un vieil homme qui ne vit que par les parfums; un musicien milliardaire qui a réussi grâce à une humiliation à l’école; un meurtrier qui se dénonce 19 ans après son crime, avec soulagement; un enfant mutique qui voit ses parents se ressouder face à sa maladie :

mêlant conte et humour, Benacquista est souvent bienveillant envers les faiblesses avouées de ses personnages, qu’il met en valeur par des chutes parfaitement calculées et qui font souvent la richesse de ce genre sous-évalué.

En bref, un très bon moment même si les 6 textes n’ont pas retenu mon intérêt de la même façon …

Je ne peux que vous le conseiller !