pêches

« Disparate, coloré, inapproprié, malvenu dans tous les sens du terme, et étrangement attirant à la fois : la description parfaite de Vianne Rocher. »

Une Vianne Rocher libre et indépendante que nous retrouvons avec délices dans ce troisième volume de Chocolat, best-seller de 1999 et « immortalisé » au cinéma par Juliette Binoche et Johnny Depp. D’après l’auteur, aucune chance que ce tome soit adapté à l’écran : les Américains ont peur de traiter les relations avec les musulmans, sujet qui peut mettre le feu aux poudres, et cette fois-ci il n’est plus possible de prétendre que l’action se situe dans les années 1950. Anouk la fille de Vianne se sert de Facebook et le curé qui va remplacer Reynaud, l’ennemi de Chocolat, se bat à coup de sermons sur Powerpoint …

En toile de fonds donc des tensions entre islam et modes de vie traditionnels chrétiens, voici donc le retour du petit village de Lansquenet et de ses habitants : ils ont vieilli, grandi, mais leurs positions n’ont pas fondamentalement changé. Seuls les Marauds, le quartier populaire de l’autre rive, a changé … Désormais les Roms l’ont déserté, et c’est une communauté musulmane qui a pris leur place : au départ les relations sont pacifiques, et puis une femme est arrivée, voilée, et l’atmosphère a changé : « Je déteste le niqab parce qu’il permet à la personne qui le porte de rompre les liens avec les autres, de ne pas se livrer aux actes sociaux les plus simples et pourtant susceptibles de rapprocher deux cultures différentes », comme le dit Reynaud. Et cette phrase est symbolique : la jeune génération musulmane est différente, même dans ce petit village campagnard. La conciliation est plus difficile et très vite, le curé va se sentir écrasé par le muezzin d’à côté … Petit à petit, ses « brebis » se retournent contre lui, l’accusant de n’avoir pas su gérer la cohabitation.

Mais en réalité, le ver est au cœur de la communauté musulmane elle-même, et la ronge de l’intérieur jusqu’au climax du roman, déclenché par la présence de Vianne.

Vianne qui n’agit pas autrement qu’il y a 8 ans : conciliante, ouverte à toutes les cultures, elle fait des va-et-vient entre les deux communautés, tentant de renouer le dialogue, de comprendre ce qui se trame avant qu’il ne soit trop tard, de prévenir les dégâts d’un vent mauvais … « Le vent a sur les gens un effet excitant »

Comme dans Chocolat, j’ai pu apprécier la simplicité de l’écriture et la facilité avec laquelle Joanne Harris recrée une atmosphère intéressante, et des personnages attachants. Le roman se lit bien, il ne manque pas de profondeur, ne serait-ce que par le sujet qu’il aborde. 

Seulement je dirais qu’il est parfois trop léger sur certains passages, comme s’il avait été écrit trop vite. De même, les personnages sont quelquefois insuffisamment creusés, ou alors trop semblables à ceux d’il y a 8 ans …

En bref, un roman sympathique mais pas transcendant, qui comblera les adeptes de Chocolat.