swann

Impossible de repousser plus longtemps cet article ! Voici un mois que j’ai terminé le premier tome d’A la recherche du temps perdu, que j’avais déjà lu : mais j’ai dans l’idée de tout lire et je voulais repartir de zéro.

Me voici donc à la fin de ma première étape sur 7. Loin de moi l’idée de commenter une fois encore ce chef d’oeuvre, Proust préférent d’ailleurs que l’on ressente avant de commenter, je jette juste quelques pistes d’analyse et de ressenti de ma lecture …

Que vous dire ? J’ai pris autant de plaisir – sinon plus – à redécouvrir ce texte dans lequel Proust nous fait découvrir son enfance, les rituels qui l’ont peuplé (Combray), ainsi que la vie de cet être étrange qu’est Swann, l’ami de la famille (Un amour de Swann). Voilà comment résumer 435 pages …

Mais vous le savez, et vous l’aurez compris, l’action n’est pas tout ce qui compte dans un texte de Proust.

« Longtemps je me suis couché de bonne heure » est sans doute l’incipit le plus célèbre de la littérature française : il ouvre une œuvre monumentale, et l’invention d’une narration romanesque nouvelle. Dans un texte labyrinthique, Proust explore l’âme humaine et ses méandres, et questionne la relation entre émotions et souvenirs avec délicatesse, (le premier tome devait être nommé Les Intermittences du coeur) lui qui dit dans Combray : « Je renonçais à jamais à la littérature […]. Ce sentiment intime, immédiat que j’avais du néant de ma pensée, prévalait contre toutes les paroles flatteuses qu’on pouvait me prodiguer comme, chez un méchant dont chacun vante les bonnes actions, les remords de sa conscience. » De quoi se convaincre que La Recherche n’est pas si autobiographique que ça … Car si Marcel a échoué, Proust a réussi puisque dans ce même texte, il est parvenu au sommet de la littérature, au point que le XXe siècle est parfois évoqué comme « le siècle de Proust ».

Du côté de chez Swann ouvre donc la première partie d’une longue réminiscence romancée, qui nous conduit de Marcel à Proust : l’enfance, l’amour de la mère, et puis la vie mondaine, à travers le personnage ambigu de Swann. Un personnage fascinant, avec ses faiblesses et ses qualités qui le rendent à la fois attirant et méprisant ..

Dans « Comment Proust peut changer votre vie », Alain de Botton dit que les axiomes proustiens pourraient être « Précisez » et « Prenez votre temps« . Ce sont en effet les deux qualités majeures de l’œuvre : la précision, l’incision chirurgicale dans les faits et gestes des voisins, amis, connaissances qui entourent la famille du narrateur. Rien ne lui échappe tant il est habile à épingler le snobisme ambiant de la société. Une précision presque vertigineuse parfois, accentuée par des phrases d’une longueur interminable mais croustillantes pour qui aime la langue française …

Car Proust c’est aussi ça : une maîtrise impeccable de la syntaxe, un amour du verbe qui fait plaisir à lire : s’il n’a pas révolutionné la langue comme Céline ou Joyce, il l’a magnifiquement utilisé pour nous ouvrir une autre perception du monde …

Ce qui nous emmène au deuxième axiome : « Prenez votre temps ». Ne pas être pressé de finir un chapitre, de connaître le fin mot de l’histoire mais se laisser porter par les rythmes des phrases. Proust invite ainsi le lecteur à prendre son temps, tout comme il l’a fait pour écrire : il nous propulse ainsi dans son propre temps, loin de la vitesse tapageuse de la société moderne et nous permet de lutter « contre la satisfaction qu’on les hommes occupés – fût-ce par le travail le plus sot – de ne pas avoir le temps de faire ce que vous faites. »

Sur ce, je vous laisse prendre le temps de le découvrir car comme le dit Pierre Assouline (Autodictionnaire Proust, Omnibus), « Sa capacité de résistance au commentaire témoigne déjà à elle seule de la force souterraine de ce roman. »

Proust