dapper

Les rencontres se suivent mais ne se ressemblent pas … après celle avec Joanne Harris le 12 septembre dernier, j’ai cette fois-ci été attirée par la possibilité de rencontrer l’auteur haïtien Lyonel Trouillot dont j’avais adoré La Belle amour humaine il y a quelques mois. Je ne peux m’empêcher de vous la raconter, même si elle n’a pas été entièrement positive.

En effet, j’ai d’abord été un peu déçue : la rencontre avait lieu au Musée Dapper dans le 16e arrondissement (qui honore les cultures africaines et caribéenne, un lieu très intéressant), et j’ai vite découvert que Trouillot avait été invité avec un autre auteur. Flûte, me dis-je, il va moins parler. Ce qui fut effectivement le cas. Ceci dit, j’ai eu la surprise de découvrir cet autre auteur haïtien, Louis-Philippe Dalembert qui nous a parlé de son Balade d’un amour inachevé. Trouillot intervenait sur son roman de la rentrée littéraire, Parabole du Failli, que je me suis d’ailleurs empressée d’acheter à la librairie avant la rencontre (ainsi que d’un texte de Maryse Condé, Le Coeur à rire et à pleurer.)

Après cette première déception, j’ai également été un peu agacée par l’attitude de Lyonel Trouillot qui, à 19h15, fumait tranquillement sa clope alors que la rencontre était annoncée à 19h, et ce sans s’excuser ensuite de son retard.

Bon, passons sur ça.

Ensuite la rencontre alternait les prises de parole des deux auteurs, ce qui n’était pas sans intérêt, tout en intercalant des lectures de leurs romans (sachant que Lyonel Trouillot n’aime pas lire ses textes et que c’est quelqu’un du musée qui l’a fait …).

Balade d’un amour inachevé s’inscrit dans le contexte du tremblement de terre de 2009 en Italie (et non décidément, il ne voulait pas parler du séisme en Haïti mais bien de celui d’Italie, malgré ce que la modératrice voulait lui faire dire …), et réfléchit autour de la conscience de la fragilité de l’homme. Il voulait ainsi éviter le pathos et la compassion en ajoutant de la distance et de l’humour à son texte, comme il nous l’a montré en lisant un extrait, fort bien par ailleurs. Le roman se découpe par ailleurs originalement en 4 cris et 5 respirations, partant de la base qu’il faut crier pour ne pas étouffer.

Un texte qui semble assurément intéressant et que je lirai à l’occasion !

A côté, Trouillot a finalement été assez bavard. Universitaire, homme de radio, il anime des vendredis littéraire.
Son roman Parabole du failli a pour héros un comédien qu’il a connu et qui s’est suicidé il y a quelques années. Il a mis du temps à pouvoir le raconter, s’interrogeant sur ce qui à pu l’abîmer et comment il a pu parvenir à un tel désaccord avec la vie …

Il a beaucoup insisté par ailleurs sur ce qu’il cherche en écrivant : pour lui, il s’agit de poser des questions, de savoir comment vivre et comment construire son rapport à l’autre, montrant ainsi les contradictions intrinsèques de l’être humain.

C’est pour cela qu’il a n’a pas voulu dire que le texte se déroulait en Haïti, refusant ainsi de se transformer en ethnologue ou en guide touristique, et étendant ses réflexions à l’humanité toute entière, pour parvenir à une certaine universalité, ce que je comprends …

Il nous a enfin beaucoup fait rire car il a refusé d’expliquer son titre (volontairement mystérieux), disant que déjà il l’avait écrit, il n’allait pas non plus se charger de l’interprétation ! Pour lui, c’est au lecteur de voir et de décider, et surtout de ressentir … CQFD.

Un point important sur lequel je veux finir : j’ai toujours apprécié le goût pour les mots des écrivains haïtiens, qui souvent entrent en littérature par la poésie, maîtrisant parfaitement langue française et créole.

Je vous propose donc de découvrir ces auteurs à travers un Challenge : Littérature africaine et caribéenne, dont les sources sont très proches. Et si vous manquez d’idées, allez faire un tour à la librairie du Musée Dapper.