livre de poche

Ce texte m’a été envoyée par Le Livre de Poche et j’avoue que j’avais un peu peur de ce que j’allais découvrir tant on m’avait diabolisé Frédéric Beigbeder comme un auteur snob, provocateur et auto-centré. Je vous rassure : Beigbeder est bien snob, provocateur et auto-centré, mais il est aussi drôle, cultivé et il a un style agréable qui compense ces défauts. Des qualités parfaites pour l’exercice suivant : évoquer, sur deux pages, les 50 textes préférés des Français, choisis parmi une liste de 200 titres présélectionnés lors d’un sondage élaboré par la Fnac et Le Monde durant l’été 1999.

50 courts chapitres qui balayent un siècle de littérature mondiale, un siècle qui, comme le souligne Beigbeder, est impossible à qualifier (au contraire du XIXe, souvent le siècle du romantisme ou le XVIIIe, siècle des Lumières, etc.).

« Cette série de 50 livres est, au fond, à l’image de notre siècle : elle contient quelques œuvres charmantes et légères, comme Gatsby ou Bonjour tristesse, mais aussi beaucoup de témoignages horribles qui montrent à quel point nos 100 dernières années ont battu tous les records en matière de monstruosité, de barbarie, de racisme et de tyrannie. »

De Camus à Proust en passant par Kafka, Soljenitsyne, Orwell et Goscinny, on a effectivement un panel assez large des grands classiques du XXe siècle, même si certains semblent avoir été choisis plus pour le symbole (le classique qu’il FAUT avoir lu) que parce que les gens les ont réellement lus …

En revenant sur ces 50 textes, romans et essais pour la grande majorité, Beigbeder a pour objectif de désacraliser ces grands classiques, en nous faisant prendre conscience qu’ils sont d’une grande modernité et souvent proches de nous. Tout ça pour faire mentir la boutade d’Hemingway : « un chef d’oeuvre est un livre dont tout le monde parle et que personne ne lit » (ceci dit, une remarque très juste c’est que beaucoup d’œuvres sélectionnées ont été adaptées en film, et l’on peut supposer que pour des romans ardus, les gens ont préféré voir la version filmée …)

Alors certes, il y a des côtés un peu agaçants dans cet exercice, par exemple l’emploi systématique de l’expression « hit-parade », qui fait très M6 (Music Awards par exemple) et qui peut paraître choquant parfois lorsqu’il s’agit de Proust ou d’autres auteurs (sans vouloir être snob .. :)) Ou les quelques « spoilers » de grands classiques, que j’aurais préféré découvrir par moi-même … Ou encore le parti pris envers quelques titres, entre autres pour Autant en emporte le vent, qu’il critique très durement à tel point que je me suis demandé s’il l’avait lu, car ce roman va plus loin qu’une amourette entre Scarlett O’Hara et Rhett Butler …

Certains lecteurs ont pu être choqués par la récurrence d’allusions au fait que Beigbeder n’est pas lui-même dans ce classement … or la plupart du temps, c’est ironique et cela lui permet d’introduire le livre en question, ce qu’il fait assez finement.

Au final, c’est un essai très efficace qui peut être un bon moyen pour des jeunes ou des moins jeunes d’aborder des grands classiques et de leur donner envie de les lire ou les relire. Beigbeder n’oublie pas non plus de les replacer dans leur contexte, de raconter des anecdotes, de citer des extraits. Une manière un peu amusante et iconoclaste d’apprendre des faits littéraires …

Exemple : Saviez-vous qu’on doit à Gide le concept de mise en abyme littéraire avec Les Faux-Monnayeurs ? Ou que Hergé est un pseudonyme de George Rémy dont les initiales donnaient R.G !

Et on ne peut pas lui reprocher d’être trop critique : il est tout à fait capable de s’enthousiasmer quand il aime vraiment un livre, par exemple Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez dont il dit qu’il y a un avant et un après dans le monde littéraire après sa parution …

Et tout ça avec beaucoup d’humour. « Tout être humain est un héros qui se fait sans cesse poser des lapins par l’existence. »

Pour finir, un phrase que je trouve très juste : « La littérature m’apparaît de plus en plus comme une maladie, un virus étrange qui vous sépare des autres et vous pousse à accomplir des choses insensées (comme de s’enfermer pendant des heures avec du papier au lieu de faire l’amour avec des êtres à la peau douce). Il y a là un mystère que je ne percerai peut-être jamais. Que cherchons-nous dans les livres ? Notre vie ne nous suffit donc pas ? On ne nous aime pas assez ? Nos parents, nos enfants, nos amis et ce Dieu dont on nous parle ne sont pas assez présents dans notre existence ? Que propose la littérature que le reste ne propose pas ? »

La question reste ouverte …