plonger

Je republie cet article puisque le roman a reçu un prix littéraire, et puis parce que c’était un coup de cœur pour moi …

 

Tout tourne autour de l’amour. Sur ce sujet, tout semble avoir déjà été dit. Et pourtant. Il existe encore des auteurs, comme Christophe Ono-Dit-Biot qui parviennent à donner de la fraîcheur au genre, à y mettre tellement de personnel que l’on ne peut faire autrement qu’avoir les larmes aux yeux : l’amour d’un homme pour une femme qui lui échappe, l’amour d’une femme pour un homme qui fait obstacle à sa liberté, et puis l’amour d’un homme pour son fils, inhabituel en littérature, et terriblement touchant.

Une fraîcheur qui passe par le mode de narration : César, le narrateur, raconte à son fils la rencontre avec sa mère, qu’il a aimé plus que tout et dont nous savons qu’elle a été retrouvée morte mystérieusement sur une plage marocaine. « Ils l’ont retrouvée comme ça. Nue et morte. Sur la plage d’un pays arabe. Avec le sel qui faisait des cristaux sur sa peau. »

Un texte donc adressé à un petit enfant, avec des italiques pour les détails qu’il préfère ne pas lui donner : un moyen parfait pour transmettre le maximum d’émotions, et l’amour incroyable dont cet homme était capable.

Et puis par l’histoire : celle de la rencontre d’une photographe et d’un journaliste, « moine soldat au service de la culture », « pigeon voyageur », une rencontre basée sur une mésinterprétation d’une photo par ce dernier, qui conduira pourtant Paz l’artiste à la gloire. Mais qui dit gloire dit pression, et pression sur une femme qui a un amour inconditionné de la nature, de l’eau, de la liberté. Tout cela forme un cocktail que l’on sent prêt d’exploser à tout moment, malgré les efforts de César pour sauver sa vie, son couple. Une histoire contemporaine qui monte en puissance lentement mais sûrement, au fur et à mesure que le passé remonte dans l’esprit du narrateur et qu’il déroule par une plume élégante et cultivée.

Si nous sommes du côté de l’homme, César, on ne peut cependant être insensible à Paz, l’artiste qui ne trouve pas sa place dans une société qui ne la comprend pas, dans un monde bourgeois qui pense tout savoir de ses œuvres alors qu’ils les interprètent de travers … Une femme dont je me suis sentie proche par sa sensibilité envers les choses de la nature, et ses combats perdus d’avance dans lesquels elle se lance pourtant … Une femme de notre époque si fragile et si forte, tantôt agaçante tantôt touchante …

Que dire d’autre ? Pour cet article, j’ai compris combien il était difficile parfois d’écrire des chroniques sur des romans qui nous ont touché à ce point : j’ai comme une impression de violation d’intimité, comme si vous faire part de mes sentiments allait salir ce texte à jamais. Peut-être parce que cela fait écho à des situations personnelles. Ou que je voulais ainsi garder ces mots pour moi, dérisoire illusion.

« Je ne crois pas en effet que notre époque puisse se raconter sous la forme d’un roman. Il faut un minimum de narration, et ce monde-ci, toujours entrecoupé par la réception d’un SMS, d’un mail, ne raconte plus grand-chose dans la longueur. La seule chose qui y soit continue, c’est l’interruption ».

Pour autant, malgré le tour que j’ai donné à cet article, je ne veux pas non plus réduire ce texte à une simple romance. Car il y a bien plus : considérations sur la nature, réflexions sur la violence de la société, etc. Quelques exemples sur la société moderne, des phrases auxquelles j’adhère complètement …

« Rien n’allait plus. On disait même que la culture ne rapportait plus rien, nous muséifiait, nous déconnectait. On disait que l’époque était morte aux livres. Pourquoi ? Mes contemporains travaillaient beaucoup, alors le temps les fuyait. Ils ne lisaient plus que sur la plage et comme ils n’avaient plus assez d’argent pour aller à la plage parce que c’était la crise, ils ne lisaient plus.

Ou plus beaucoup. Pourtant, à les entendre, rien ne remplaçait un livre quand ils s’offraient le plaisir d’en ouvrir un. Ils le disaient un peu comme les vieux camés parlent de leurs montées de jadis. »

« Envoyer des SMS : c’était devenu le geste universel. Le signe de reconnaissance de l’être humain. Les soixante huitards qui nous avaient endettés avaient gagné : les gens n’avaient plus rien à se dire mais ils communiquaient. Sur Facebook, on trouvait des groupes de discussion « J’aime les frites » et « J’aime pas les Juifs » et c’était presque égal. »

En bref, je ne peux que vous conseiller de le découvrir par vous-même, et plonger à votre tour à la poursuite de Paz le tourbillon …