Eh oui le problème du RAT c’est qu’on lit beaucoup … et qu’ensuite on a envie de parler de ces livres, sans forcément réussir à trouver le temps ! C’est pour cela que j’ai préféré anticiper le risque de voir ces livres non chroniqués traîner des semaines à côté de mon ordinateur, et choisi d’en faire des articles un peu plus courts (mais pas forcément de moindre qualité !).

Pour ce mois-ci donc, trois romans très différents : deux romans du XXIe siècle, un du XXe. Deux auteurs français, un étranger. Une histoire de blog, une histoire d’amour, une histoire de musique.

Laissez-moi vous en parler.

*Blog – J-Ph. Blondel (2010)

blog

Le narrateur croit voir son monde s’écrouler le jour où il découvre que son père a lu son blog privé, qu’il n’ouvre qu’à ses copains. Intimité bafouée, respect refusé, le jeune garçon ne mâche pas ses mots pour nous faire partager sa colère, son désarroi face à cette intrusion.

« Mon ancrage virtuel. Mon intimité adolescente au milieu d’une maison envahie par les adultes et par ma petite sœur. »

Ce n’est pourtant pas un idiot, il sait que cela n’a pas d’importance par rapport à des souffrances d’autres enfants dans le monde, et pourtant … pourtant je le comprends : s’il avait décidé que le blog était privé, il y a un moment où il faut accepter que l’enfant ait son monde à lui, même si c’est dur à comprendre pour les parents …

Pour bien montrer son indignation, il décide de faire la grève des mots, de fermer son blog et de ne plus parler à son père, jusqu’à ce que celui-ci comprenne ce qu’il en est.

Jusque là, j’ai trouvé le texte intéressant, en particulier les réflexions sur la manière de bloguer et ce qu’il y trouve, la façon dont il a évolué : « c’est sûrement ça, grandir – abandonner petit à petit tous les attributs qui font de toi un des pions de ta génération pour aller plus profond et découvrir ce qui fait de toi un être unique. Aller vers l’individualisation et non vers l’individualisme. » Mais la suite est encore mieux.

Car la situation se débloque d’une manière étonnante. Le père choisit de livrer ses propres secrets à travers les journaux intimes qu’il a écrit durant son adolescence. Et le narrateur va découvrir une personne derrière son père, un ado qui a vécu, a connu des émotions, et surtout un drame dont personne ne lui avait parlé jusqu’à maintenant …

Je ne peux que regretter quelques maladresses de style, en particulier le niveau de langage qui ne me semblait pas toujours très réaliste pour un ado, même un ado qui est ouvert aux mots et à la langue à travers son blog.

Cependant c’est tout de même un bon roman, original en ce qu‘il s’intéresse au monde du blog; un peu moins quand il touche aux relations familiales, mais là, c’est la finesse des sentiments et de l’amour qui prend le relais et sauve tout.

Bref, je vous le conseille, à vous ou à vos ados (ou à lire ensemble !) …

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Aimez-vous Brahms .. de Françoise Sagan (1959)

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Une femme seule, désargentée, désabusée, se voit arriver à la quarantaine, ne fréquentant qu’un homme qui la trompe très régulièrement et ne semble pas l’aimer vraiment.

« Elle n’avait envie de rien. Et elle avait peur de rester seule deux jours. Elle haïssait ces dimanches de femme seule : les livres lus au lit, le plus tard possible, un cinéma encombré, peut-être un cocktail avec quelqu’un ou un dîner et, enfin, au retour, ce lit défait, cette impression de n’avoir pas vécu une seconde depuis le matin. »

Par besoin de protection, elle se laisse séduire par un jeune homme, Simon, héros romantique par excellence, très XIXe siècle ! Doux, attentionné, vivant, il lui apporte ce dont elle a toujours rêvé. Mais l’autre homme reste omniprésent, sa domination lui manque … Entre les deux, son cœur balance …

Le texte a l’originalité d’adopter les points de vue de ce trio amoureux, chacun leur tour, montrant les affres de la passion, les tourments du remords et la lutte entre un homme jeune mais faible et un homme fort mais despotique. Il nous offre un morceau de vie, un aller-retour qui peut sembler vain mais qui est en réalité extrêmement puissant puisqu’il montre, entre autres choses, le besoin de résistance qu’a tout humain et la nécessité parfois d’une domination pour se sentir exister. A travers Paule, qui lui ressemble terriblement, Sagan s’interroge sur l’amorce de la vieillesse, la peur éternelle de vieillir chez la femme, ses désirs les plus profonds, qui contredisent parfois sa raison.

« Aimez-vous Brahms ? » Elle passa un instant devant la fenêtre ouverte, reçut le soleil dans les yeux et en resta éblouie. Et cette petite phrase : « Aimez-vous Brahms ? » lui parut soudain révéler tout un immense oubli : tout ce qu’elle avait oublié, toutes les questions qu’elle avait délibérément évité de se poser.
« Aimez-vous Brahms ? » Aimait-elle encore autre chose qu’elle-même et sa propre existence ? »

En bref, un roman terriblement humain, profond, et simplement magnifique …

Il a été adapté en 1961 par Anatole Litvak, avec Ingrid Bergman, Yves Montand et Anthony Perkins : un film à voir assurément !

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Le secret d’Anna Enquist (2005)

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Pour finir, une déception.

Dora Dirique ne vit que pour la musique, entre la voix de sa mère et les cours de piano par un maître qu’elle adore, c’est là qu’elle se trouve le mieux. C’est la musique qui va lui permettre de supporter les difficultés de sa vie : un père indifférent, un frère handicapé, la Seconde guerre mondiale qui éclate dans sa vie …

« Dans la musique, il n’est pas question de guerre, la musique est au-dessus de tout. »

Elle traverse donc ce siècle, jusqu’au jour où elle ne peut plus jouer. On la retrouve alors à travers le regard de son ex-mari qui décide de lui rendre une dernière visite, et se rend compte qu’il ne la jamais connu. Car personne ne connaît en réalité Dora : froide et insensible, elle ne s’attache à personne et personne ne s’attache à elle. Et le lecteur encore moins …

Si j’ai effectivement pu apprécier une certaine qualité d’écriture, et un récit qui se lit tout seul, cela ne va pas plus loin. Ce personnage m’a exaspéré car page après page j’attendais qu’elle réagisse, qu’elle aime, qu’elle montre sa passion. En vain. Et même la révélation du fameux secret – aisément devinable – n’a pas suffit à tenir mon attention en éveil.