spivet livre

« Je pars (pour quelque temps) travailler loin d’ici. Ne vous inquiétez pas. Tout va bien se passer et je vous écrirai. Je vais être très heureux, je le suis déjà. Merci d’avoir pris soin de moi, vous êtes une des meilleures familles du monde. »

Voici le mot que laisse le jeune Tecumseh Sansonnet Spivet à ses parents avant de partir dans le grand monde : en effet, il vient de remporter le très prestigieux prix scientifique Baird pour sa réalisation de cartes et de croquis. Sauf que ce que ne savent pas les scientifiques qui l’ont choisi, c’est que T. S. n’a que 12 ans. Entre une mère scientifique fantasque, un père cow-boy borné et peu doué pour exprimer ses sentiments, une sœur uniquement passionnée de téléréalité et le fantôme de son petit frère mort, T.S. sent que c’est le moment de prendre son envol … et un peu de distance !

Très intelligent, volontaire, et extraordinaire cartographe, T. S. relève donc le défi et se lance dans un fantastique voyage sur près de 3000 kilomètres pour rejoindre la capitale, Washington D. C. Malgré sa grande maturité, ce voyage ne sera pas vain et lui fera comprendre un grand nombre de choses sur le monde des adultes :

« On est un vrai adulte si : 1. On est toujours fatigué.
2. On n’a pas hâte que ce soit Noël.
3. On a très peur de perdre la mémoire.
4. On travaille dur toute la semaine. […]
6. On prononce les mots : « Je me rappelle quand tu étais grand comme ça » […]
7. On paie des impôts et on aime bien s’énerver avec d’autres adultes en se demandant ce qu’ils « peuvent bien faire avec tout le fric qu’on leur file. » […]
8. On aime boire de l’alcool tous les soirs tout seul devant la télévision.
10. On ne se réjouit de rien. »

Mais aussi sur le monde de la science, entre hypocrisie des scientifiques et réalités sur sa passion, la cartographie :

« J’avais appris que la représentation d’une chose n’était pas la chose représentée mais que, d’une certaine manière, c’était justement cette dissonance qui en faisait tout l’intérêt : l’écart entre la carte et le monde réel nous laissait de l’espace pour respirer, faire le point et comprendre où nous nous trouvions. »

Ce roman est plus qu’atypique : il est jubilatoire. Avec humour et réalisme, Reif Larsen nous renvoie notre propre monde à travers les yeux d’un enfant, certes plus intelligent que la moyenne, mais qui reste un enfant qui ne comprend pas parfois les agissements des adultes … Questionnant sans cesse le monde, s’attardant sur le moindre détail, T. S. est un héros terriblement attachant..

Mais c’est aussi la forme qui est intéressante : les marges du texte sont bardées de considérations scientifiques, de cartes, de dessins, de notes de T.  S., comme si on avait sous les yeux ses mémoires, illustrées avec brio et drôlerie.

spivetUn texte à découvrir, tellement foisonnant qu’il en est difficile à chroniquer, et qui rentre dans la catégorie suivante :

« Lire un livre puis l’oublier n’a aucun intérêt. Mais lire un livre et le relire, ce qu’on ne fait qu’avec les grands livres, c’est montrer qu’on a foi dans le processus d’évolution. » Un livre à relire donc.