Pour ce mois de novembre, trois textes de qualité, trois romans exigeants, mais qui m’ont laissé souvent trop mal à l’aise pour réellement les apprécier, dont je veux cependant dire quelques mots …

American Darling / Russel Banks (2007)

american darling

Hannah Musgrave est une activiste américaine, mais elle est désormais rangée, s’occupant d’une petite exploitation fermière, elle vit loin de tout. Se remémorant sa vie, elle décide de retourner en Afrique, au Liberia, où elle a laissé 3 fils et des fantômes de chimpanzés, dont elle s’est occupée avant de devoir fuir le pays …

Dans ce long roman, rien ne nous est épargné : les luttes de toutes sortes, les violences en Afrique, les enfants soldats. Quelques semaines après pourtant, ne me restent que des images de violence et un agacement envers cette Hannah qui s’est cachée toute sa vie pour échapper au FBI et a plus eu l’air de subir cette vie que de véritablement se battre, entraînée par des événements qui la dépassent. De plus, sa paranoïa devient rapidement ridicule, et son manque de chaleur et d’affection, cause de rupture entre elle et moi …

Bref c’était un roman très sombre, d’une grande densité, d’une forte intensité, passionnant sur le plan historique, mais qui n’a pas emporté mon adhésion …

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La confrérie des chasseurs de livres / Raphaël Jérusalmy (2013)

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Dans ce roman, tout devait me plaire : on suit le poète François Villon dans une quête extraordinaire au cœur d’un complot mondial … d’éditeurs de livres ! Au 15e siècle, siècle du le berceau de l’imprimerie, le livre est en effet une arme, et qui le contrôle, contrôle les pensées de chacun.

« Il n’est pas aisé de venir vanter les mérites d’une offensive livresque. Pour affaiblir la papauté sans déclencher un conflit de fait, la Confrérie a soigneusement choisi les textes à propager. Mais ce sont d’abord les livres eux-mêmes que l’opération aspire à changer, leur forme, leur poids, leur aspect. Elle va les libérer du carcan des cloîtres et des collèges. Imprimeurs, graveurs, brocheurs, colporteurs, vont les rendre plus maniables, plus légers, moins coûteux. »

Ce complot conduira donc notre poète – dans une période de sa vie inconnue c’est-à-dire après son emprisonnement – jusqu’à la Terre sainte, une terre aride mais sacrée, magnifique, dont Jérusalmy nous abreuve de descriptions sublimes. Dans ce roman peuplé d’embûches, d’espions, de luttes de pouvoir, l’Histoire est en œuvre, une Histoire souterraine mais fascinante …

Et pourtant, ici encore, le texte m’a laissé un arrière-goût de déception : la religion y est centrale et touche à des thèmes remâchés – vérité sur les origines du christianisme et du Christ – qui ne m’intéressent que moyennement ; et une érudition qui m’a parfois définitivement perdue – alors que j’adore apprendre des choses dans les romans historiques pourtant …  Fort heureusement, cette lecture en demi-teinte a été sauvée par de nombreuses citations de poèmes de l’époque et bien sûr, par la présence omniprésente du personnage central : les livres.

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Le boulevard périphérique / Henry Bauchau (2008)

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Alors qu’il accompagne sa belle-fille dans sa lutte contre le cancer, le narrateur se souvient de son ami Stéphane, grimpeur hors pair, qui a disparu pendant la Seconde guerre mondiale et dont la mort n’a jamais vraiment été élucidée.

Au rythme des trajets entre l’hôpital et la maison, les ombres de cette mort passée et de cette mort future assombrissent les pensées du narrateur : « Je n’avais jamais vraiment pensé à la vieillesse et voilà qu’elle approchait. La mort, utile aux autres, ne me faisait pas peur, du moins je le croyais, mais le vrai courage, la vraie lutte, celle contre l’affaiblissement, la diminution physique, la perte de mémoire, les maladies de l’âge, cela je ne l’avais pas envisagé et voici que c’était là à ma porte. […] Ce sont les autres qui m’ont appris cela. Comme ils m’ont fait savoir que je n’étais plus un enfant, plus un jeune homme. Toujours que je n’étais plus, que je ne suis plus ce que j’ai été. Implacables les autres pour vous faire constater que tout change et vous apprendre à mourir. Sans les autres, est-ce que l’on ne mourrait pas ? »

Un beau texte, qui a séduit les autres Lectrices du club mais à côté duquel je suis totalement passée, ne serait-ce que parce que les descriptions des métros, RER et trajets qu’il faisait tous les jours me pesaient à un moment où j’en avais moi-même ras-le-bol. En réalité, j’étais davantage intéressée par l’histoire de Stéphane que par celle de Paule, la belle-fille qui est restée dans les limbes de mon imagination, sans réalité, alors que le grimpeur, le résistant Stéphane était une figure forte et mystérieuse. Mais l’alternance des histoires a fini par me perdre.

Un roman complexe, exigeant, qui n’a pas su me séduire.