liseusesAujourd’hui, j’ai assisté à une formation fort intéressante autour du livre numérique en bibliothèque … J’y ai appris pas mal de choses et en particulier quelques-unes qui peuvent vous intéresser !

Sur les pratiques numériques :

– en 2013, l’édition numérique représente 20% du chiffre d’affaire des éditeurs aux États-Unis, 10% en Grande-Bretagne et … 3% en France ! Les éditeurs français hésitent à prendre un tournant qui est déjà loin derrière pour d’autres pays …

– Ce sont les éditeurs de sciences humaines qui ont pris les premiers ce tournant, suivis de près par les éditeurs de littérature : 70% des meilleures ventes de 2013 selon Ipsos / Livres Hebdo sont aussi disponibles en numérique, et en particulier une grande partie de la rentrée littéraire … Le pli commence donc à être pris, mais surtout pour les grosses ventes qui sont publiées dans les deux supports : est-ce une spirale qui écartera définitivement les livres moins connus, qui ne méritent pas d’être publiés en version numérique ?

100 000 titres sont aujourd’hui disponibles en France en version numérique. Pour la plupart, ce sont des livres « homothétiques » (j’aime bien ce mot !) c’est-à-dire qu’elles sont identiques au livre papier. Ce qu’on appelle les livres « enrichis » (avec du son, de la vidéo, des images) sont encore une exception. Et pourtant, pour moi, c’est tout l’intérêt du numérique … Un exemple ? Eh bien Julliard vient de republier Les Choses de Perec, dans une version numérique très spéciale …

Le livre numérique parviendra t-il à se différencier complètement du livre papier, proposant une vraie innovation, ou est-il condamné à n’être qu’une pâle copie de ce dernier ?

– Mais à côté des éditeurs classiques, il ne faut pas oublier un nouvel acteur : l’éditeur pure player, qui ne publie que du numérique. J’en ai fait l’expérience de nombreuses fois depuis que j’ai ouvert mon blog : les petits éditeurs numériques sont à l’affût de tout lectorat disponible pour promouvoir leurs publications, parfois plus systématiquement qu’un éditeur papier – ce qui se comprend car ils sont coupés du lectorat des librairies et autres surfaces … Des publications dont on parle très peu dans les médias, voire pas du tout, comme s’ils n’avaient aucune existence légale. Or il y a de très belles choses, comme le recueil de Condie Raïs que j’ai découvert l’année dernière, ou J. Heska qui a créé les éditions de la Seconde Chance qui ne publient que quelques exemplaires pour faire connaître le livre mais ne se diffusent que numériquement …

Quel avenir pour le livre ? Quel avenir pour le livre numérique ? Une réponse est peut-être déjà en train de s’esquisser …

– Sur les liseuses électroniques

Mais ce qui m’a poussé à écrire cet article c’est qu’à la fin de cette journée de formation, j’ai acquis la certitude que les liseuses sont vouées à disparaître dans un laps de temps plus ou moins courts. Et que j’ai été choquée car j’avais l’impression qu’elles commençaient à prendre pied dans notre société …

Si l’on y réfléchit bien, en réalité leur échec était contenu dans leur conception : des appareils encore chers qui ne sont dévolus qu’à un seul usage, la lecture, et donc ne peuvent toucher que des gens déjà bien acquis à ce loisir, et qui voient l’intérêt d’un appareil qui peut transporter des milliers de livres en 100 g. Pour la plupart des gens, le confort de lecture et la légèreté importent peu puisqu’ils ne lisent qu’un ou deux livres par an. Ces lecteurs ponctuels, qui constituent le gros des lecteurs en France, vont donc se tourner vers un appareil plus complet : la tablette. La tablette permet d’accéder à Internet, de jouer, de lire, de télécharger, sans restriction ! Les éditeurs de liseuses ne s’y trompent d’ailleurs pas puisque certains ont produit leur propre tablette, comme Bookeen ou Pochet Book.

Le souci est que si les éditeurs de liseuses se tournent vers la tablette, les liseuses cesseront d’évoluer et resteront dans un entre deux, à mi-chemin entre un livre papier et un nouveau type de livre qui ne sera jamais défini …

Quel support sera celui d’un livre numérique déjà un peu vacillant ?

– Sur les liseuses et les livres numériques en bibliothèque

Pour finir, je veux bien sûr parler des bibliothèques, même si je ne vais pas m’étendre sur ce sujet car ce serait trop technique … Mais il est important de noter que les bibliothèques s’intéressent beaucoup au livre numérique : plusieurs établissements ont inauguré le prêt de liseuses à leurs lecteurs (Issy-les-Moulineaux, Melun, Aulnay-sous-Bois, etc.). Leur souci principal aujourd’hui ne vient pas du support technique lui-même, mais des éditeurs qui verrouillent les fichiers à l’aide de DRM (Digital Rights Management), des droits d’auteurs, pour éviter la diffusion illégale des textes. Or pour les bibliothèques, le principe est de diffuser au plus grand nombre … Ces derniers mois n’ont pas vu avancer le schmilblick : certains éditeurs se sont même rétractés. Ce qui a poussé une médiathèque comme celle de Melun, à la pointe des nouveaux modes de diffusion de la lecture, à équiper ses liseuses d’ouvrages tombés dans le domaine public ou relayés par la plateforme pure player Publie.net, privant ainsi les lecteurs des dernières nouveautés qu’ils attendent …

Les bibliothèques sont donc en attente d’une décision de la part des éditeurs frileux, et se font le relais d’une attente des lecteurs. Ainsi à Aulnay-sous-Bois où des liseuses ont été prêtées, près de 15% des usagers déclaraient attendre une offre enrichie de contenus numériques …

Quel avenir pour le livre numérique en bibliothèque ? Comment faire connaître des contenus différents aux lecteurs ? Comment mettre en place une médiation entre ces nouveaux contenus – riches de potentialités – et des lecteurs perdus par la masse éditoriale existante ?

Voilà les questions que l’on peut se poser à la fin d’une telle journée de formation – et de cet article qui relaye ce que j’ai appris : ce sont quelques pistes lancées à la va-vite mais il me semble que le marché du numérique est en train de changer, tant au niveau du support que du contenu, et que ces changements importants passent souvent inaperçus dans notre quotidien … Or les technologies évoluent plus vite que les usages …