un monde idéal

Je remercie J. Heska et sa chargée de communication pour l’envoi de ce livre voyageur, qui a un peu végété sur ma table de chevet avant que j’ai le courage de l’attaquer !

Il faut dire que le nouveau roman de J. Heska, dont j’avais adoré Pourquoi les gentils ne se feront plus avoir et On ne peut pas lutter contre le système, n’en est pas vraiment un : c’est une série de micro-nouvelles, qui ne font parfois pas plus d’une page. Chaque nouvelle dessine un monde « idéal » dans lequel, la plupart du temps, l’être humain n’existe plus, avoir avoir démoli la Terre : la parole est donnée à nos descendants, singes savants ou robots qui se demandent qui pouvaient être ces mystérieuses bêtes à deux pattes … Ou alors nous sommes plongés dans l’Apocalypse elle-même, où nous assistons à la destruction des humains par une invasion de cafards ou de morts-vivants. Les hommes sont accusés de court-termisme, d’égoïsme, de tous les maux possibles, qui font que l’on détruit la planète petit à petit.

J’ai retrouvé avec plaisir l’humour ravageur de J. Heska. Par exemple, lors d’une scène de guerre … violente !

« Soudain, un miaulement déchirant le sortit de sa torpeur. Les sens en alerte, il s’avança prudemment. Des volutes de poussière montaient au loin. Il fit signe à sa section.
Ils arrivaient.Les chats. Pour lancer leur assaut et détruire ce qu’il restait de l’humanité. Mais le sergent s’était juré d’inverser la tendance aujourd’hui même. La bataille de la dernière chance ne serait pas perdue.
Il pointa son HK G36 et fronça les sourcils.
– Les salauds, marmonna-t-il dans sa barbe de trois jours. Ils ont mis des chatons en première ligne…
L’ennemi déferla dans l’avenue, couinant de petits miaulements farouches, crevant le front en moins de cinq secondes, défonçant des positions pourtant verrouillées, dévorant des soldats sans résistance.
-Merde, qu’attendez-vous pour riposter? hurla-t-il à la radio. Faites-moi vrombir la mitrailleuse !
-On..On ne peut pas…grésilla la voix de Mattéo. Ils…Ils sont trop…mignons. »

Devons-nous en conclure que les humains vont disparaître car ils n’ont pas été capables de tuer des chatons ? Bon j’avoue que c’est diaboliquement trouvé … J. Heska mêle donc allégrement science-fiction et monde présent, éclatant toutes les règles du genre en accumulant les clins d’œil. La plus magistrale est peut-être celle décrivant un magnifique paysage extrêmement coloré, que J. Heska conclut par ces mots qui renversent tout le texte : « Il n’y a décidément rien de plus beau que l’explosion des bombes nucléaires … »

En bref des textes brillants, comme les précédents, à grignoter de temps en temps car trop de catastrophisme tue le catastrophisme … J‘ai pu effectivement regretter la répétition de certains effets, de certaines situations, de certains retournement de situation même. J’ai d’ailleurs fini par me lasser et je n’ai pas lu toutes les nouvelles avec attention, en picorant une de-ci delà, tout en appréciant leur qualité à toutes.

J. Heska aurait peut-être dû opter pour un récit plus linéaire car toutes ses idées sont bonnes, mais présentées dans un tel chaos, elles sont un peu perdues au milieu de centaines d’autres. Un personnage en fil conducteur aurait pu sauver le tout … Dommage. Mais c’est un texte à lire tout de même, car ce qui m’a énervé peut vous séduire …

Il n’empêche que j’attends impatiemment le prochain texte de cet auteur de grand talent, qui nous entraîne dans son monde complètement fou, qui change grandement de la littérature française contemporaine …