père

Un père en colère est un livre qui secoue, qui remue, qui interroge, et qui ne donne pas de réponses toutes faites. Un père en colère, comme son titre l’indique, raconte le combat d’un père qui se révolte contre ses propres enfants. Ces derniers ont basculé dans la délinquance et maintiennent leur mère en « otage », ne reconnaissant aucune autorité à leur père, divorcé depuis quelques années. A l’occasion d’un événement dramatique, Stéphane se trouve face à la nécessité de s’exprimer, de laisser éclater sa colère : il ouvre un blog et partage sa douleur et son impuissance face à ses propres enfants, s’interrogeant sur le pourquoi d’un tel lâcher prise. « Il est temps d’écrire, de s’écouter, de dialoguer, et qui sait ? De réconcilier les générations. »

D’apparence simple, ce roman est en réalité complexe car il traite beaucoup de sujets en même temps : pourquoi les enfants de Stéphane ont cédé à la délinquance latente de la cité voisine ; pourquoi ils considèrent que la société n’a rien de mieux à leur offrir ; pourquoi les parents ont baissé les bras … Et il donne une réponse qui est particulière à cette situation. A chacun ensuite d’effectuer les réglages nécessaires vis-à-vis de sa propre situation car il n’y a pas de formule magique. Ici, on est face à l’engrenage terrible qui va de la fermeture de l’usine du coin au chômage des parents en passant par la débrouille des jeunes et leur avenir plus sombre que dans d’autres quartiers. Et puis « attendre vingt ans pour se payer ce qu’il voulait, c’est trop long, trop humiliant. »

Car au-delà d’une réflexion sur l’autorité parentale – ce  que je m’attendais à lire – Stéphane nous plonge en effet dans le quotidien d’une cité dont il ne cache rien : ni le pire (le délabrement, le trafic), ni le meilleur (le petit jeune qui veut s’en sortir et intègre une haute école à la seule force de sa volonté). Cette cité, au pied de laquelle ses enfants iront à laquelle, constitue le facteur exogène de leur sortie du rang : pour survivre, ils s’adaptent et passent de l’autre côté, sans que leurs parents puissent soupçonner quoi que ce soit.

Et puis J. S. Hongre s’interroge sur l’éducation, sur l’autorité que l’on peut avoir sur les jeunes dans une société où les modèles nous viennent de la TV, symbole d’excès, d’argent facile et de violence constante. Une société où l’égoïsme et l’individualisme sont rois, où les parents qui essayent de se faire entendre sont accusés de traumatiser leurs enfants et où ceux-ci, à la moindre privation, se mettent à hurler. Hongre pointe remarquablement l’impasse dans laquelle nous sommes arrivés : combien de fois ai-je entendu des personnes âgées critiquer le mauvais comportement des jeunes, sans même se questionner sur qui a rendu cet état de cause possible c’est-à-dire ceux de leur génération, ou même leurs propres enfants.

« Comment en sommes-nous arrivés là ? Je ne sais pas. Sans doute, comme pour beaucoup de parents, par ces abandons successifs de territoire, ces reculs de notre autorité, dès la naissance, qui sont peut-être la faiblesse principale de notre génération. Nous n’avons plus su dire non quand tout autour d’eux disait « just do it ». Avouons-le, l’éducation de nos enfants est devenue difficile. Mais nous ne sommes pas entièrement responsables. Et nos enfants ne sont pas si innocents. Comment pourraient-ils l’être dans ce monde où avoir une âme est un handicap ? ». 

Rien ne nous ait épargné, et même pas l’impuissance de ce père qui se dit en colère mais ne fait que constater les dégâts … Car le roman de Hongre est puissant, il interpelle mais il n’est pas parfait. Comment peut-il l’être quand il veut évoquer un si gros problème de société en 200 pages ? Comment peut-il l’être quand il nous sert tous les clichés que l’on voit dans les médias tous les jours – les capuches, les combats de gangs, les délits de faciès, les agressions en RER, etc. – ? Comment peut-il être quand il utilise des raccourcis, des gros coups de poings pour marquer les esprits – un peu trop gros ?

Mais malgré tout, malgré tous ces défauts, le roman a un grand intérêt, ne serait-ce que par le mérite de dire ce qu’il a à dire, à travers un roman et pas un énième article de journal catastrophiste … Une chronique actuelle bien menée.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de l’auteur, ou lisez l’interview de SophieLit sur son blog