quelques minutes après minuit

Le jeune Conor est en train de perdre sa mère, atteinte d’un cancer. Toutes les nuits, il fait le même cauchemar, dont on ne sait rien mais qui le hante toute la journée … Un soir, quelques minutes après minuit, il voit apparaître un monstre énorme qu’il pense être issu de ce cauchemar. Mais quand le monstre lui annonce ce qu’il vient faire, c’est au jeune garçon d’être surpris …

« Tu vas me raconter … des histoires ?
– Absolument répondit le monstre.

Conor regarda autour de lui, incrédule.

– Mais, en quoi est-ce un cauchemar ?
– Les histoires sont les choses les plus sauvages de toutes, gronda t-il.
– Les histoires chassent et griffent et mordent.

Bien des choses vraies ont l’air de tromperies. Les royaumes ont les princes qu’ils méritent, les filles de fermier meurent sans raison, et des sorcières méritent parfois d’être sauvées. Très souvent même. Tu serais étonné. »

Des histoires d’une belle profondeur qu’il faudrait lire et relire : elles montrent que le noir et le blanc sont rarement nets, la plupart du temps, la vie est rythmée par une palette de gris, des hauts et des bas qu’il faut accepter … Avec ces trois histoires, qui structurent la vie du jeune Conor dans ce moment dramatique, le monstre tente de faire passer un message à Conor : il doit accepter ce qui est caché derrière son cauchemar récurrent, ce qu’il refuse de voir en face … Entre l’école où tout le monde le plaint, l’hôpital où sa mère passe de traitements en traitements, les visites d’une famille qu’il ne veut pas voir et les cauchemars la nuits, le jeune garçon est prêt à craquer …

Bouleversant roman, Quelques Minutes après minuit (minuit et sept minutes pour être précis, c’est l’heure à laquelle apparaît l’Homme Vert) est issu d’une idée originale de Siobhan Dowd, elle-même trop tôt disparue pour l’écrire. Trouvant l’idée intéressante, Patrick Ness a donc repris sa plume et terminé cette histoire. Un gros plus : il a été assisté par Jim Kay à l’illustration, qui a fait un travail formidable en plaçant le roman dans une atmosphère sombre, cauchemardesque, entre noir et blanc. En introduisant une partie fantastique dans une réalité de la vie extrêmement dure, les deux auteurs ont réussi le tour de force d’éviter le pathos, de nous placer directement du point de vue de Conor. Une manière extrêmement délicate de traiter ce sujet, en évoquant des aspects dont l’on ne se rend pas toujours compte, comme l’agacement du garçon face à tous les professeurs désolés pour lui et qui ne le punissent jamais.

Une écriture parfaite, un récit équilibré, un thème traité à la perfection, des illustrations qui renforcent cette performance : tout a concouru pour faire de ce roman un gros coup de cœur, que je n’ai pas pu lâcher après l’avoir commencé. Je remercie Accalia, dont c’est le choix pour le Prix des Lectrices 2014, de me l’avoir mis entre les mains.

prix lectrices 2014