la maison de l'arbre

 

« Ce sont ces hommes qui sont au coeur de ce récit. Ils ont détruit l’ancien monde et réformé la nation où je vis maintenant, avec leurs rêves et leurs illusions, leur courage et leur sottise, leurs succès imprévus et leurs cruels échecs. Aujourd’hui, ceux d’entre eux qui ont survécu sont célèbres. »

Voilà comment débute le récit d’une femme peu ordinaire, une femme qui se trouve au coeur d’une tourmente sans précédent. Nous sommes en 1857, au Japon. L’époque est confuse. Toute cette confusion qui va permettre aux Japonais de vivre dans un pays unifié et non pas au coeur d’une succession de domaines qui se font la guerre depuis des centaines d’années … Une poignée de jeunes hommes vont en effet tout faire pour que leur pays entre dans l’ère de la modernité, quitte à renverser le gouvernement et tout l’ordre l’ancien. Ils partent en Angleterre, s’habillent à l’occidentale, prennent la tête d’armées, puis la tête du pays. L’époque des samouraï est révolue. Ce sont eux qui ont permis au Japon d’être une des premières puissances du monde en 1938.

« Comment affronter les Occidentaux qui sont arrivés dans leurs bateaux modernes, forts de leurs armes dernier cri, en exigeant des traités et des concessions commerciales ; que faire du bakufu, ce gouvernement en déshérence qui n’est plus qu’une bureaucratie labyrinthique, où il faut des semaines pour prendre des décisions insignifiantes ; etc. »

Mais en 1857, quand commence ce récit, le Japon n’est qu’un pays emprisonné par les traditions. Des traditions qui maintiennent Tsuru dans la position qui est la sienne : une femme, certes douée pour la médecine, mais une femme quand même, supposée se dévouer entièrement à son mari. Mais elle va profiter des bouleversements en cours pour, pendant quelques mois, vivre une vie plus libre … Un symbole du Japon qui renverse l’ordre ancien, dans la violence.

J’attendais beaucoup de ce nouveau roman de Lian Hearn, un de mes auteurs fétiches depuis que, il y a plus de dix ans, j’ai dévoré Le Clan des Otori, une histoire fantastique au coeur du Japon médiéval. Ici Lian Hearn décide d’écrire un roman pour adultes, dédié au Japon en transition, comme si elle essayait de se détacher complétement des Otori … Un peu comme Rowling, elle a choisi des personnages différents, sortant du fantastique pour entrer pleinement dans le réalisme de la guerre au Japon, sans nous épargner les descriptions, les combats, les luttes de pouvoir, les mouvements politiques, etc.

Au point qu’il est parfois difficile de s’y retrouver dans tous les noms japonais (combien de fois suis-je revenue à la première page pour vérifier à quel clan tel ou tel guerrier appartient). Surtout, si Tsuru, héritière de la Maison de l’Arbre Joueur, semble être le personnage principal, elle n’est pas l’unique, et elle n’est pas non plus le narrateur unique : Lian Hearn fait le choix d’un récit croisé qui complique parfois encore un peu la compréhension du récit …

En bref, je me rends compte que je n’ai pas retenu grand chose du contexte historique et politique, surtout qu’il s’agit le plus souvent de changement de fidélité, parfois infime … Ce qui m’a finalement le plus intéressée c’est le destin de Tsusu, « un homme dans un corps de femme », qui se demande quelle place aura la femme dans ce nouveau Japon. « Je me demande dans quel monde [ma fille] grandira … […] Un monde où elle ira à l’université et deviendra un vrai médecin. […] Un monde où les femmes auront droit à l’éducation et à la liberté comme les hommes. »

Une question qui reste ouverte à la fin car les samouraï, si prompts à défendre leurs droits, ne semblent pas se la poser …

Une histoire tout de même passionnante, une fois qu’on a assimilé quelques noms : il suffit de se laisser porter par l’art du récit du Lian Hearn. Une lecture exigeante mais qui vaut le coup.

Petit encart : Une partie de l’histoire raconte la guerre civile appelée »guerre de Boshin ». Elle dura de 1868 à 1869 et vit s’affronter les armées de grands domaines avec les troupes du gouvernement. C’est une coupure emblématique entre l’époque d’Edo – marquée par la féodalité – et l’ère Meiji, moderne. Environ cent vingt mille hommes furent mobilisés pendant le conflit et trois mille cinq cents d’entre eux furent tués. À la fin de cette guerre, les troupes impériales victorieuses abandonnèrent la politique d’expulsion des étrangers et le pouvoir se lança dans une politique de modernisation continue ce qui déclencha la rébellion de Satsuma et eut pour résultat la fin des samouraï.