smileySouriez, vous êtes en janvier est le titre d’une opération que nous avons lancée dans ma bibliothèque, par une sélection de titres drôles, loufoques : humour noir, humour jaune ; humour de tous les pays et de toutes les époques ! Tout pour vaincre la morosité de l’après-fêtes, qui rime souvent avec froid et neige …
Et justement, nous avions mis en valeur deux titres de la rentrée littéraire, que j’ai enfin eu l’occasion de lire et que je vais chroniquer dans ce même article : L’analphabète qui savait compter, de Jonas Jonasson dont j’avais adoré son Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire ET L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea de Romain Puértolas.
Deux titres drôles, sans être fracassants d’un point de vue littéraire. Deux livres qui dérident. Deux livres parfaits cependant en cas de déprime ou de vacances dépaysantes !

analphabète

« Statistiquement, la probabilité qu’une analphabète née dans les années 1960 à Soweto grandisse et se retrouve un jour enfermée dans un camion de pommes de terre en compagnie du roi de Suède et de son Premier ministre est d’une sur quarante-cinq milliards six cent soixante-six millions deux cent douze mille huit cent dix.
Selon les calculs de ladite analphabète. »

Et pourtant, Jonas Jonasson trouve un moyen de le rendre possible ! Après avoir fait fuir son Vieux sur des kilomètres, l’avoir fait inventer la bombe nucléaire et changer le destin de bien des pays au cours du dernier siècle, l’auteur récidive avec une jeune fille qui, cette fois-ci, va changer le présent, à commencer par sa propre vie. Une vie qui commence bien mal puisque nous la découvrons avec un balais à latrines, à 5 ans, sous l’égide d’un employeur sadique. A 15 ans, elle est renversée par une voiture. Son destin aussi. Propulsée au sein d’un laboratoire de recherche qui fabrique la bombe nucléaire pour l’Afrique du Sud, elle va alors donner toute la mesure de son intelligence … A la fin, vous ne pourrez plus croire qu’un roi ne peut pas tordre le cou à des poules. CQFD.

Fable, fantastique, thriller, livre d’espionnage : il est encore impossible ici de dire à quel genre ce texte appartient. Le comique ne tient pas dans le texte lui-même mais dans les situations les plus abracadabrantes où se trouve propulsée Nombeko Mayeki, l’analphabète. Au point parfois de nous lasser … Heureusement Jonasson sait redresser la barre et nous abandonne sur un feu d’artifice qui efface tout le reste. A la fin de cette lecture cependant, il me reste un arrière-goût de déception, comme s’il manquait un tout petit quelque chose pour que l’ensemble soit parfait. Une écriture plus drôle, plus légère ? Un personnage plus approfondi ? Un peu de tout ça …

***

fakir

Décidément, la mode est aux voyages extraordinaires … après la jeune sud-africaine qui débarque en Suède après bien des déboires, nous découvrons ici un fakir, oui oui vous avez bien entendu : un fakir, tout droit débarqué de l’Inde, frais payés par son village pour s’acheter le dernier modèle de lit à clou (j’ai vérifié le catalogue Ikea, il n’y ait pas : remboursée !). Or ce fakir, comme on va très rapidement le découvrir, est un parfait escroc. Ses prétendus pouvoirs sont de simples tours de magie, il est fainéant et menteur. Ne pouvant se payer une chambre d’hôtel, il se cache dans Ikea, et est bientôt forcé de se réfugier dans une armoire. Ladite armoire étant destinée à un autre magasin, commence alors un voyage extraordinaire à travers toute l’Europe …

« Heureux qui comme Ajatashatru Lavash Patel – (prononcez « J’attache ta charrue, la vache »), a fait un beau voyage en armoire et puis est retourné, plein d’usage et raison, vivre avec son amour le reste de son âge. »

Ici encore, l’humour tient dans les situations abracadabrantes (je sais, ça fait deux fois que j’emploie ce mot mais c’est le premier qui me vient à l’esprit quand je pense à ces deux romans) : le livre connaît des rebondissements toutes les trois pages, le fakir a de la chance à chaque fois, se tire de toutes les situations. Mais petit à petit, le ton devient moins drôle, presque sentencieux : à la faveur de ses rencontres multiples, l’hindou prend conscience de sa petitesse, du malheur des autres, et de ce qu’il souhaite vraiment dans la vie. En bref, Romain Puértolas nous a pondu non pas un roman mais plutôt une fable, en forme de voyage initiatique. Et ici encore, j’ai refermé le livre avec le sourire mais également une petite pensée déçue concernant mes attentes : j’ai moins ri que prévu, et la seconde partie, plus sentencieuse comme je l’ai dit, m’a un peu agacée par son discours attendu, conformiste. Ce qui n’est pas étonnant pour un roman qui s’est arraché dans tous les pays avant même sa sortie en France, et qui fait une très bonne publicité pour un géant du mobilier standardisé … Entre Sans nouvelles de Gulb de Mendoza et Le Vieux de l’auteur du livre que j’ai présenté juste au-dessus, je suis loin de crier à l’originalité et au génie comme j’ai pu le lire à d’autres endroits … Vous voulez vraiment rire à toutes les phrases ? Lisez du Terry Pratchett !

Amis de la littérature, salut !