baby sitter

A 19 ans, Alex se retrouve dans une situation que beaucoup d’étudiants connaissent : le frigo ne se remplit pas tout seul, et la famille ne peut pas toujours subvenir à tous leurs besoins … C’est le cas de la mère d’Alex qui l’a eu très jeune, et a du mal elle-même à se maintenir la tête hors de l’eau. Le jeune homme n’a donc pas d’autre choix : il lui faut trouver un petit job. Mais lequel ? Serveur dans un fast-food, pion, caissier : les offres sont peu reluisantes. Reste le baby-sitting, plus souvent réservé aux femmes. Mais Alex n’a pas froid aux yeux et se lance dans cette aventure : séduire des parents pour qu’ils lui confient leurs enfants ! Cependant, faire du baby-sitting signifie aussi entrer dans des intimités, des cocons familiaux où tout n’est pas toujours rose … « Pénétrer dans les demeures des autres, par effraction consentie, c’est d’abord casser tous les stéréotypes. »Ainsi débute le récit de Blondel, qui nous fait débarquer dans le quotidien de son jeune héros – une fois encore avec succès ! En seulement un an, on assiste à une transformation : celle d’un adolescent en un jeune adulte, qui assume ses responsabilités et qui, malgré sa grande carcasse parfois incontrôlable et sa maladresse, va sauter tous les obstacles. Passant ainsi de quelqu’un qui a besoin d’aide à quelqu’un qui peut aider, et changer la vie des gens …

« C’est moi qui lui ai fait remarquer que, mine de rien, il reliait entre eux des gens qui n’auraient jamais dû se rencontrer. Qu’il créait des fils ténus, mais réels, et que ces fils permettaient aux autres de se sentir mieux. »

Le temps d’une soirée, il découvre en effet ce que c’est d’avoir des enfants, « la sensation d’avoir vraiment une place dans l’univers. De s’inscrire dans une continuité rude, mais évidente – et solaire. » Et puis il découvre ce que c’est d’être adulte et parent : souvent coincé entre différentes obligations, il y a peu de temps pour soi. Un temps que l’on s’offre parfois en faisant appel à un baby-sitter. Dont ils ont parfois eux-mêmes besoin, à la manière d’un psy. « Ils sont curieux, les adultes, maintenant, non ? Je veux dire, tous ceux que je rencontre, ils … ils n’en sont pas plus loin que nous, sauf qu’ils ont des mômes. »

Un récit à la fois tendre et cruel, mené d’une main de maître, et dont l’originalité tient à l’écho final de tous les protagonistes entre eux : après le point de vue d’Alex, nous retrouvons celui de tous ceux qu’il a croisé, qu’il a aidé. Un procédé littéraire qui enrichit formidablement le récit et change notre propre point de vue.

Décidément j’adhère au monde et aux mots de Jean-Philippe Blondel : il a un style, une manière de narrer bien à lui, une façon d’aborder les sujets les plus graves avec clarté, sincérité et humanité et puis toujours un peu de lui. Après Blog, Et rester vivant, Accès direct à la plage et G229 Le Baby-sitter restera dans ma mémoire, dans ma pile de livres à relire, avec plaisir.