amour rivage

Traduit de l’hébreu par Laurent Cohen. Publié chez Sabine Wespieser Editeur.

Nous sommes dans une petite ville côtière du nouvel État d’Israël, au début des années 1960. Le temps d’un été, Esther va vivre une tempête amoureuse sans précédent, en charnière de sa vie d’étudiante et sa vie de soldate puisqu’à la rentrée, elle entamera son service militaire, obligatoire pour tous en Israël. Le temps d’un été chaud et lumineux, nous suivons ses pas dans le sable : entre le club de plage où travaille Alejandro – Alex – et l’appartement de Moïse, revenu dans son pays natal au chevet de sa mère. Le trio amoureux se dessine rapidement : la jeune fille, fragile mais volontaire, va être déchirée entre ces deux hommes si dissemblables. Le jeune garçon ténébreux et l’homme à l’approche de la quarantaine. Les deux vont pourtant subir une semblable évolution, un virage dans leur destin : l’un fera le deuil total de son passé, l’autre s’interrogera sur son futur. Car ces personnages ne sont pas sans blessures, comme souvent dans un tel État, construit sur des trajectoires brisées, des rafles, des dénonciations. Il faut pourtant aller au bout du texte pour que, dans un final grandiose, leur histoire se mêle et que l’on découvre que l’Histoire les lie bien plus qu’on peut l’imaginer … Car au-delà de ces trois personnages, la toile de fonds est celle de l’histoire d’un continent : de Paris à Tel-Aviv en passant par l’Argentine, c’est l’héritage de la Seconde guerre mondiale qui ressurgit à chaque instant, sans être jamais dit. Roman d’un été, roman méditerranéen d’une grande beauté, Michal Govrin m’a ébloui le temps de 400 pages bien serrées. Des scènes rythmées par la musique du club, par la danse sensuelle d’Esther qui se découvre femme, aimante. J’y ai retrouvé des impressions proches de Camus, des sensations propres à des personnalités marquées par le soleil, la douceur de l’air qui rend la vie plus douce, mais également les émotions plus violentes, plus profondes. Je suis restée fascinée par cette Esther qui, à 18 ans, sait ce qu’elle veut et pourtant se retrouve troublée entre deux choix de vies, deux hommes.

Texte poétique, travail de mémoire, analyse politique, fiction, l’œuvre de Govrin est tout cela à la fois, nous apportant un roman choral intéressant et d’une grande beauté. De plus, entendre la voix d’Israël ne manque pas d’intérêt. Par exemple, cette phrase qui m’a marquée : « Aujourd’hui, le seul devoir qu’ont les Juifs, c’est de se préserver, de survivre, tu me suis ? Survivre ! »

En bref, une belle réussite à découvrir chez une éditrice qui ne me déçoit que rarement ! Un de ces livres qui me font penser comme Alejandro : « J’ai le sentiment que [Borges] dit quelque chose que je possède au fond de moi, quelque chose que je ne peux cependant pas exprimer. Car il y a des choses que nous ne voyons pas, et pourtant elles existent … c’est ce que nous révèlent les écrivains. »

Pour aller plus loin, retrouvez une interview de Michal Govrin qui décrypte un peu son roman ici.

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