forster

A room with a view ou comment une vue sur l’Arno peut changer le destin de deux êtres … Lucy Honeychurch, en voyage en Italie avec sa cousine, rencontre et tombe amoureuse de George Emerson, bohème et athée. À son retour en Angleterre, elle doit choisir entre le non-conformiste Emerson et son fiancé froid et conventionnel, Cecil Vyse.

Forster a vraiment le chic pour élaborer une peinture critique de la société anglaise : après Howards End qui mettait en place des personnages un peu similaires, il pointe ici les comportements conventionnels d’une société enserrée par des dogmes non écrits. Nous assistons ici à la transformation de Lucy, jeune fille naïve au début du roman, en une femme qui est capable de faire des choix, de réfléchir par elle-même. Les personnages de Forster ne sont jamais simples à comprendre, George Emerson en est d’ailleurs un peu l’archétype, à la manière des sœurs d’Howards End, qui se contrefiche de la manière dont la société voudrait qu’il vive. Lui se laisse dominer par ses passions, écoute son coeur et suit ses impulsions. C’est lui qui va entraîner Lucy dans une réflexion qui la poussera à rejeter le modèle qu’on veut lui imposer. L’Italie joue d’ailleurs un rôle important, apparaissant comme le pays du soleil et un endroit où l’on peut oublier les conventions londoniennes.

Tout cela sur fonds de changement de régime : la reine Victoria est décédée en 1901, son fils Édouard VII lui succède et inaugure une ère où les Anglais vont se libérer du carcan victorien. On pourrait donc voir Lucy comme un précurseur qui annonce cette petite révolution.

Finesse, style et profondeur : voilà trois caractéristiques de l’œuvre de Forster. Mais au final, encore une fois j’ai eu du mal à accrocher, peut-être parce que ses personnages sont trop intellectualisés, pas assez naturels. Pour la seconde fois, j’ai refermé ce livre avec un petit malaise, ne sachant dire si je l’avais réellement apprécié. Mais le film (de James Ivory, 1985, Chambre avec vue) m’avait fait ressentir la même sensation. Donc décidément, peut-être que Forster n’est pas pour moi …