J’essaye toujours de trouver une unité dans les livres que je choisis de ne pas chroniquer … Ici ce n’est ni la nationalité (deux Français, un Anglais), ni l’époque (XIXe, XXe, XXIe), ni le genre (roman, théâtre, science fiction) qui m’a fait les choisir, mais mon ressenti de ces lectures : en effet, ce mois-ci ce sont trois déceptions, trois petits coups de griffe.

solitude

« Comment peut-on être pied-noir ? », voici la question que se pose la jeune narratrice, alors qu’elle n’a jamais connu cette Algérie et qu’elle est née en France. Pourtant cet héritage est inscrit dans son sang, et surtout sa famille est toujours une étrangère dans le village bordelais où elle s’est installée. Sans se laisser pourtant démontée, la petite fille se fait rapporteuse de cette histoire, tentant d’échapper, par les mots, à la malédiction des origines. A l’insu de tous : « Il ne sait pas que la silhouette falote à côté de lui sera son biographe, il ne se méfie pas d’un rapporteur en couettes, ou bien il n’y croit guère, il passe outre. » De quoi interroger le pouvoir rédempteur de la littérature …

Un récit intéressant, porté par une plume soignée, mais qui s’oublie très vite une fois le livre refermé.

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théâtre mérimée

Voilà des années que j’ai acheté ce recueil de pièces de théâtre, mais sans avoir envie de l’ouvrir. Et puis avec le plan ORSEC PAL, je me suis dit qu’il était temps. D’autant que lire du théâtre change un peu de temps en temps. Ce n’est pas vraiment un coup de griffe, mais j’ai lu ces différentes pièces sans véritable plaisir.

Mettant en pratique les idées de Stendhal sur l’exigence de modernité du théâtre, Prosper Mérimée rassemble dans son Théâtre de Clara Gazul de brefs drames en prose (six dans la première édition, dix au total, dans l’édition définitive de 1842) qui ne respectent pas la règle des unités. Mérimée les a publié en se faisant passer pour un auteur espagnol, mais en réalité, il n’a jamais caché entièrement son identité. (c’est la première mystification d’une longue série …) Ce pseudonyme de Clara Gazul lui permettait « d’espagnoliser » ses pièces, pour offrir un regard différent sur ce qui se passe en France. Et il s’inscrit totalement dans la lignée romantique de son époque (1803-1870 – écrites en 1825).

La seule des pièces qui sort du lot, pour moi, est l’histoire Inès Mendo, ou Le Préjugé vaincu  suivi de Inès Mendo, ou Le Triomphe du préjugé *. Ne serait-ce que parce que Mérimée imagine une belle histoire, où un noble épouse une roturière, mais qu’il envisage aussi une suite où ce noble regrette son mariage et part avec une comtesse …

Mais je ne peux m’enlever de l’esprit que du théâtre doit être joué et non lu (et je le fais rarement …) donc je ne les catégoriserai pas comme de mauvaises œuvres !

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machine moreauEnfin, dernier coup de griffe, les deux œuvres de H. G. Wells : La machine à explorer le temps et L’île du docteur Moreau. Si j’ai beaucoup apprécié le premier, devenu un classique de la littérature – et que d’ailleurs j’avais déjà lu, m’en souvenant au milieu du texte -, ce ne fut pas le cas du second.

La machine à explorer le temps : un scientifique crée une machine extraordinaire, dont il parle un soir à des amis réunis. Quelques semaines plus tard, ces mêmes amis se retrouvent pour dîner avec lui, quand il survient dépenaillé, boitillant et prêt à leur raconter une aventure fantastique, dans le futur … Suspens, rebondissements, réflexions sur le futur, tout y est dans ce roman de science-fiction écrit en 1895 (à noter : le texte a été retouché à plusieurs reprises, jusqu’en 1925 donc il en existe plusieurs versions.) Dans ce futur, les hommes se sont divisés en deux groupes : les Eloïs, fragiles et gracieuses créatures de la surface; et les Morlocks, terribles et monstrueuses créatures de l’ombre qui, contrairement aux apparences, dominent les premiers, s’en servant de bétail. Le savant est atterré par la décadence de cette civilisation, comprenant que l’humanité a cessé de lutter et s’est fait dévorer, ayant oublié de se servir de son cerveau ... Car en réalité, La Machine à explorer le temps est en partie une satire de l’époque victorienne et une extrapolation de la situation sociale de l’époque, servant de miroir à l’exploitation capitaliste, comme dans le film Métropolis de Fritz Lang.

L’île du docteur Moreau : c’est cette second œuvre qui m’a refroidi vis-à-vis de Wells. Un pauvre naufragé est recueilli par un bateau chargé de créatures destinées à une île mystérieuse. Après des aventures, le naufragé est obligé de débarquer sur cette île, où travaille un certain docteur Moreau, auparavant connu pour ses expériences douteuses sur des êtres vivants … De toute évidence, il les continue également sur cette île, loin des regards critiques de ses pairs. Le narrateur découvre alors avec horreur le type d’expérience menées, destinées à comprendre le fonctionnement du corps humain, et à modifier des animaux.
Impossible d’apprécier ce roman tant j’ai été écœurée par l’histoire elle-même, et les descriptions : les souffrances atroces des animaux opérés, l’intransigeance du docteur – complètement fou -, l’inanité des expériences. Tout cela voulu par l’auteur qui fait monter le récit en puissance, accumulant les horreurs. En fait j’étais exactement dans le même état d’esprit que le narrateur ! Un roman à éviter si on est un peu sensible …