quatre murs

Quatre murs. Quatre frères et sœurs. Des secrets, des rancœurs, des silences, des regrets. Une maison. Une mère. Trois récits. Un beau roman. Et un constat : « aucune famille n’est immortelle. »

Voici comment je pourrais résumer ce court texte de Kéthévane Davrichewy, qui renoue avec ce que j’avais apprécié dans La Mer Noire : sa capacité à dessiner, en quelques traits, une famille, un clan qu’elle photographie à un instant donné. Ici, c’est à l’occasion de la vente de la maison familiale après la mort du père que les quatre enfants se réunissent et vont se retrouver ensemble pour la première fois depuis plusieurs années. Nous les retrouvons deux ans plus tard, sans avoir résolu le moindre problème, sans s’être pratiquement reparlé depuis. Sur l’invitation de leur mère, ils acceptent de se retrouver en Grèce, leur pays d’origine, dans la maison où l’aîné vient de s’installer. L’occasion de s’expliquer une bonne fois pour toute, de réfléchir à ce qui les lie, à ce qui les a détacher les uns des autres. On se rend rapidement compte que chacun a sa version des faits pour expliquer leur éloignement.

Mais ce qui importe, c’est le chemin qui va les mener en Grèce, raconté un peu à la manière d’un voyage initiatique pour chacun.

Au-delà des ressentiments, émerge pourtant un cri d’amour pour cette famille qui nous procure souvent les plus grands bonheurs comme les plus grandes joies. Une famille que l’on aime mais dont on veut s’émanciper. Une famille que l’on rejette parfois mais au sein de laquelle on veut être reconnu. Une famille que l’on veut revoir mais qui nous agace très vite aussi …

« Ma mère insistait pour que l’on vienne, on s’y rendait contraints. Heureux de nous retrouver ? Comment savoir ? Presque de la joie, et de l’exaltation quand le toit apparaissait derrière les arbres. Mais lorsque les voitures s’engageaient sur le chemin, l’agacement me gagnait déjà. Les effusions, les bagages trop chargés de mes sœurs, les recommandations de ma mère, les remarques de mon frère. Tous l’étaient, agacés, mais personne ne voulait le reconnaître. Dissemblances d’adultes impossibles à combler. »

Kéthévane Davrichewy a vraiment un don pour nous dire, tout simplement, ce qui fait une famille, ce qui crée une mémoire commune, par-delà les dissemblances.

Tout cela avec une belle langue, qui se lit dans un souffle poétique, facilement mais avec bonheur. Une langue qui en dit autant qu’elle en cache, car les non-dit, les silences sont parfois aussi parlants.

Un texte qui évoque également le deuil, l’émancipation. Qui permet de mettre des mots sur ce qui nous torture, ce qui nous attriste. Un texte à faire lire à tous les membres de sa famille …