mélo
À rollers, en camion-poubelle ou en Xantia, trois vies, trois trajectoires dans Paris à la veille d’un 1er Mai. Deux hommes et une femme circulent dans les rues de la capitale, se croisant parfois, jusqu’au bout de la nuit. Trois trajectoires d’un soir, qui nous font remonter parfois quelques heures, quelques jours, quelques années auparavant.

On commence d’abord par un syndicaliste au bord du suicide, dans sa Xantia abandonnée près d’une fourrière. Puis nous découvrons un de ses amis, Parfait de Paris, conducteur de camion-poubelle à ses heures, mais le meilleur « sapeur » de la capitale, digne de l’élégance des grandes soirées parisiennes d’antan. Avant de se rendre au grand gala de l’Amicale des travailleurs congolais d’Ile de France, « la seule association de travailleurs qui préfèrent bien s’habiller que travailler. », il achète un briquet un peu spécial à une Chinoise vendeuse de briquets, circulant à roller. Cette dernière n’a plus grand chose de chinois, elle se contente de mettre en application ce qu’elle apprend dans son école de commerce très cotée …

Le plus intéressant étant de découvrir l’univers de la sape, comme l’a fait l’auteur lui-même (voir son interview), où transparaît une esthétique de vie, sorte de dandysme noir visant à imiter et dépasser les maîtres, comme une réaction au colonialisme. Des dandys qui ont un désir de perfection dans l’être, le paraître mais également le dire puisque les soirées comportent des joutes verbales où ils peuvent exposer leur maîtrise de la langue …

Violence sociale, violence économique, violence culturelle : les trois personnages choisis par l’auteur ne sont pas anodins, issus de son expérience personnelle. Ils illustrent trois aspects de la France d’aujourd’hui, en particulier le combat et le paraître, mais nous le fait voir d’une manière différente …

Avec une langue incarnée, généreuse et imagée, Frédéric Ciriez nous plonge au cœur d’un mélo, sorte de lamentation qui émane de Paris ce soir-là, électrisée par le jour férié du lendemain. Ode à la ville, ode à ses habitants, ode à trois personnalités banales et pourtant dignes d’intérêt car se mettant en scène, Mélo est un roman atypique qui m’a surprise et séduite alors que j’ai eu du mal à l’accrocher de prime abord, ayant été submergée par les centaines de détails – ce que je ne supporte pas habituellement dans les romans, mais pour le coup, ici la langue permet de le rendre supportable – qui finalement donnent tout leur charme au texte.