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Comme l’annonce la quatrième de couverture, « au Vietnam, la littérature est bel et bien de retour. » En pleine renaissance, de nouveaux écrivains surgissent et osent s’exprimer sur les révolutions qu’a connu leur société. Des écrivains qui ont tous pris le maquis à l’époque et qui reviennent à partir des années 1990.

Je ne connaissais que Duong Thu Huong, dont j’ai eu le plaisir de découvrir une de ses nouvelles. Mais dorénavant, je retiens aussi le nom de Phan Huy Duong (qui a également traduit tout le recueil et est traducteur de plusieurs volumes de Duong Thu Huong), de Duong Thanh Vu, de Bao Ninh.

En quelques pages, ils ont produit des textes à part entière : des textes puissants, poétiques, poignants sur une société si différente de la nôtre. Toutes ces nouvelles montrent une facette du Vietnam en guerre, une guerre civile terrible, mais pas aussi terrible que le séisme qui s’est produit dans la société avec le communisme : toutes les valeurs ont été renversées du jour au lendemain, les gens ont changé de travail, d’aspirations, les jeunes ont abandonné leurs études pour se consacrer à l’agriculture.

« Tout était maintenant possible dans la nouvelle société, tout pouvait se négocier, les choses comme les hommes … La seule différence avec l’ancienne société était dans le mutisme complet de nos médias. On n’entendait parler que de réussites totales, de victoires éclatantes, de héros socialistes exemplaires …

Pourtant au fil des pages on retrouve la résurgence de l’ancien Vietnam, celui du respect envers les anciens, celui du respect des traditions, ce qui n’est pas forcément mieux. C’est le portrait d’un peuple désemparé qui ne parvient pas à se retrouver, de désillusions en désillusions : « finalement, refaire sa vie n’était pas aussi excitant que ne l’avaient annoncé les revues et les films révolutionnaires. »

Je n’ai finalement pas été gênée par la forme de la nouvelle car j’ai trouvé que le recueil avait été parfaitement pensé : chaque nouvelle semble rajouter un morceau au puzzle du Vietnam des années 1950 aux années 1980, évoquant tour à tour la campagne, la ville, la jeunesse, les anciens combattants, etc. On découvre leurs valeurs fondamentales, comme l’héroïsme, le génie militaire, mais aussi l’intransigeance idéologique, l’art de la propagande, l’oppression totalitaire et finalement les boat people, la misère économique, le délabrement moral.

Un très beau recueil de nouvelles pour comprendre le Vietnam de l’époque.

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