le train

En 1940, l’avancée allemande en France effraye les habitants de l’Est. Dans le petit village de Marcel Féron, modeste réparateur de radio, on n’échappe pas à cette peur généralisée et on s’entasse dans des trains pour rejoindre une zone loin des combats. Mais Marcel est aussitôt séparé de sa femme enceinte et de sa fille, à qui sont réservés les trains de voyageurs tandis que les hommes sont parqués dans des wagons à bestiaux. Coupé de ses racines et de sa femme, il fait l’expérience de la liberté, comme si c’était quelque chose qu’il attendait : « C´était l´heure de la rencontre avec le destin, l´heure d´un rendez-vous que j´avais depuis longtemps, depuis toujours avec le destin. » Et ce destin semble prendre le visage d’une femme puisque c’est alors qu’il rencontre Anna Kupfer, une jeune femme mystérieuse avec qui il a une aventure.

Près de 20 ans après, il ressent le besoin de raconter cette aventure pour que ses enfants le voient différemment et comprennent que sa vie, si confortable et terne qu’elle soit, est une vie choisie et assumée.

Quel étrange roman ! C’était mon premier Simenon (lu pour Le Club des Lectrices), et j’avoue que j’ai été un peu déconcertée car je m’attendais à un roman policier … or j’ai eu beau attendre, je ne voyais pas l’intrigue pointer. M’étant renseignée, c’est comme ça que j’ai appris que Simenon n’a pas écrit que des romans policiers, même si ces derniers éclipsent le reste de son œuvre aux yeux du grand public. Et c’est bien dommage car si j’en juge de la qualité de ce roman-ci, il y a sûrement de belles perles à découvrir ! (on a le choix : il a publié près de 200 romans sous son nom et presque autant sous des pseudonymes divers et variés !).

Ce roman est l’histoire de quelques semaines dans la vie d’un homme, qui le change à jamais et le révèle à lui-même.
« Une cassure s’était produite. Cela ne signifiait pas que le passé n’existait plus, encore moins que je reniais ma famille et cessais de l’aimer. Simplement, pour un temps indéterminé, je vivais sur un autre plan, où les valeurs n’avaient plus rien de commun avec celles de mon ancienne existence. »

Ce voyage est en effet pour lui une révélation : il lui permet de rompre avec son quotidien et de se questionner sur son passé et son futur. Que veut-il ? comment voit-il sa vie ? que ressent-il pour sa femme et sa fille ? il pressent aussi que cette faille qu’il découvre est liée au traumatisme qu’il a vécu enfant en voyant sa mère, en 1918, revenir à la maison sous les crachats, les cheveux rasés, et s’en aller sans un mot. De la même manière, cette fuite en avant dans le train lui permet d’échapper à sa famille, sauf qu’il fera le choix inverse de celui de sa mère.

Et puis il y a Anna. Qui lui montre qu’il est capable de passion, qu’il est possible d’être un autre homme. Sans la fin la concernant, sur les dernières lignes, et le dernier événement du roman, ce texte m’aurait peut-être paru un peu fade. Mais la dernière page relève le tout et en fait un très bon roman psychologique et historique, que je vous conseille chaudement.

NB : Le Train a été adapté par Pierre Granier-Deferre en 1972 avec Romy Schneider et Jean-Louis Trintignant.