haute société

J’ai de suite été emportée dans le monde de Vita Sackville-West qui décortique ses personnages et le monde dans lequel ils évoluent. Evelyn Jarrold est une bourgeoise parfaite : parfaitement oisive, parfaitement au courant de ses devoirs envers la famille de son mari, envers son fils, envers la société en entier, et en partie parfaitement insignifiante. « Une Evelyn qui semblait le parangon des vertus domestiques avec, de surcroît, tout le choc de Vogue et toutes les passions de Shakespeare. » Pourtant tout cela est mis à mal par sa rencontre avec un réformiste, Miles Vane-Merrick, de 15 ans plus jeune qu’elle. Ce dernier ne se lasse pas d’observer ses semblables, critiquant le type de l’Anglais de souche qui « conserve ses airs de supériorité et son respect du savoir-vivre, mais c’est là tout ce qu’il a hérité de ses ancêtres et c’est tout ce que toi et tes semblables avez su conserver. C’est une marionnette. »

L’histoire d’amour entre Evelyn et Miles s’inscrit dans cette société, ils ne peuvent s’en défaire, c’est une sorte de duel à mort entre bourgeois, dans cette opposition entre deux mondes contraires : celui de l’apparence et celui de l’esprit. L’auteur associe clairement chacun de ces mondes à un de ces personnages, les faisant interférer dans leurs sentiments les plus intimes.

« Un homme d’action tel que lui ne pouvait se contenter uniquement de l’amour d’une femme. L’amour d’un homme, en revanche, était bien suffisant pour un cœur désolé et un esprit vide. »

Il n’est pas difficile de comprendre que cette liaison ne peut rien amener de bon …

C’était la première fois que je lisais un roman de Vita Sackville-West, autour que j’assimile à des écrivains comme Virginia Woolf ou Edith Wharton, et j’avoue que j’ai été très agréablement surprise ! Si j’avais écrit cet article avant de terminer les 50 dernières pages, je l’aurais mis en coup de cœur. Malheureusement la fin m’a extrêmement déçue, remettant en doute mon appréciation du texte dans son ensemble – sans que je puisse cependant nier la grande maîtrise de style, très fluide, très précis. Ce n’est pas tant la fin triste que la longueur de cette fin, qui n’apporte finalement pas grand chose au texte.

Mais je ne veux pas vous laisser sur une telle impression car Vita Sackville-West est un auteur à découvrir et pourquoi pas ce roman qui est malgré tout une brillante critique de cette société post-victorienne encore engoncée dans ses traditions, dans ses bienséances, bien loin de toute passion amoureuse …

Terminons donc plutôt sur des vers tirés de T. S. Eliot, qui est cité à plusieurs reprises dans le texte :

« Viens t’abriter à l’ombre de ce rocher rouge
Et je te montrerai quelque chose  qui n’est
Ni ton ombre au matin marchant derrière toi,
Ni ton ombre le soir surgie à ta rencontre ;
Je te montrerai ton effroi  dans une poignée de poussière*

T.S. Eliot, extrait de « La terre vaine »

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mélange genres

Classique étranger !