stefan zweig

Ce texte est paru en 1990 sous le titre Dernières promenades à Petropolis, et ce fut la première fiction consacrée à la mort de l’écrivain autrichien, près de 50 ans après son suicide au Brésil. C’est également le premier roman de Belinda Cannone, qui depuis a reçu le Prix de l’essai de l’Académie française pour L’écriture du désir en 2000.

Comme d’autres après elle, je pense en particulier à Laurent Seksik qui a publié Les derniers jours de Stefan Zweig, une fiction de bonne qualité, elle s’est penchée sur cet écrivain cosmopolite, humaniste et défaitiste … Pour cela, elle s’est créé un double littéraire, une certaine Marthe qui fait elle-même des recherches sur l’écrivain, pensant lui consacrer un livre. Le roman alterne donc des épisodes de la vie de Zweig, qu’elle imagine arpentant les rues de Petropolis; des morceaux de vie de Marthe; mais également le point de vue du fils adoptif de Zweig, surnommé Yin Yin.

L’intérêt de ces trois points de vue est d’offrir un aspect global de ce qu’ont pu être les derniers jours de Stefan Zweig, ce qui a pu présentement le pousser au suicide, tout en apportant un éclairage historique sur la situation en Europe à cette époque. « Quel intérêt à mettre à nu l’être profond d’un écrivain plutôt moyen ? lorsque je le suis pas à pas dans Petropolis, je pense que seule compte sa trajectoire. Parce qu’elle aboutit le 22 février 1942 à la mort volontaire.  Alors la courbe qui l’emporte vers cette fin mérite d’être auscultée. »

Marthe essaye donc de comprendre cet acte horrible, (« j’imagine qu’il est venu pour fuir la réalité qui se déchaînait en Europe, pour en fuir la connaissance. »), tandis que Yin Yin se contente d’étudier Zweig de loin.

Cependant, malgré l’originalité de la démarche, je n’ai pu entièrement adhérer à ce texte : la narration en est brouillonne, l’histoire de Marthe m’était profondément indifférente et à côté du sujet (ou alors c’est que je lui en veux de traiter Zweig d’écrivain plutôt moyen). Seuls les passages avec Zweig sont à sauver, mais en l’occurrence, rien de bien novateur dans tout ça.

En bref, si vous cherchez une bonne fiction sur Zweig, lisez plutôt celle de Seksik, plus claire, bien écrite, que celle-ci.

Pour ma part, je reste fascinée par cet homme qui a été si touché par la défaite de la civilisation, signifiée par la Seconde guerre mondiale, qu’il a préféré mourir que d’y assister jusqu’au bout … Pour terminer, je le cite donc car finalement ce sont ses écrits qui permettent le mieux de comprendre son geste .. (et lire Le Monde d’hier, d’où j’ai tiré cet extrait)

« Né en 1881 dans un grand et puissant empire […], il m’a fallu le quitter comme un criminel. Mon œuvre littéraire, dans sa langue originale, a été réduite en cendres. Étranger partout, l’Europe est perdue pour moi… J’ai été le témoin de la plus effroyable défaite de la raison […]. Cette pestilence des pestilences, le nationalisme, a empoisonné la fleur de notre culture européenne »