bataillon

 

Le bataillon créole c’est celui de ces habitants des DOM-TOM qui ont courageusement combattu pendant la Première guerre mondiale, emportés comme tous les jeunes métropolitains avides de combat et de gloire. Comme eux ils se sont battus, comme eux ils sont morts : de maladies, des mitrailleuses, mais aussi du froid dans les Ardennes et dans le Nord de la France, un froid dont ils n’avaient pas l’habitude …

Le roman de Raphaël Confiant est construit comme une discussion foisonnante entre ceux restés au pays – les femmes, les mères, les sœurs – et ceux sur le front : tous ont vécu des expériences affreuses, dans l’attente ou la boue, le désespoir ou la vermine, entre le ici et le Là-bas, cette France aimée et méconnue, mais aucun ne peut imaginer ce que l’autre vit.
Qu’ils soient instituteurs ou éboueurs, ils seront tous arrachés à ce qu’ils ont toujours connu, de la même manière que le paysan de la Creuse se retrouve ahuri aux Dardanelles.

Mais ce que Confiant s’attache à montrer c’est l’histoire des familles, de l’arrière, et en racontant cette histoire, celle des soldats prend corps : on les comprend mieux, on ressent avec eux car leur soeur, mère ou épouse ont souffert pour eux.
Il nous dépeint ainsi la Martinique de cette époque, farouchement française et tout aussi résolue à occulter l’esclavage, les plantations et les chaînes.
« Nous avons deux patries : une petite patrie qui est la Martinique, et une grande patrie qui est la France. La grande était un peu comme ce père que je n’avais pas connu. Une image évanescente et une présence taraudante tout à la fois. »

Son mode de narration est intéressant, construit en 5 cercles qui vont du quotidien à l’enfer, faisant monter le texte en puissance – d’images et d’émotions. Passant d’un personnage à l’autre, de la douleur de la mère à des lettres supposément écrites par le fils, Confiant a créé un roman atypique, foisonnant, fascinant. Connaissant bien la Première guerre mondiale, je n’ai pas été gênée comme d’autres par les sauts dans le temps : au final le récit est parfaitement logique car s’il ne suit pas une construction linéaire, il va bien dans une direction, celle de l’enfer …

Un hommage émouvant donc à ces soldats noirs morts pour la patrie.

Si l’on rajoute à cela une langue truculente, un français qui aurait évolué d’une manière étrange mais réjouissante – utilisant des termes et des expressions que l’on comprend malgré leur usage bizarre – , ce roman fut pour moi un vrai coup de cœur !

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Roman historique !

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