sagan et fils

« Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même. »

Lorsque Françoise Sagan disparaît en 2004, elle laisse 20 romans, des nouvelles, des témoignages. Mais elle laisse aussi et surtout plus d’un million d’euros de dettes qu’elle doit à l’État. Son fils Denis Westhoff a donc deux choix : refuser l’héritage pour ne pas se charger de ce fardeau; ou l’accepter et défendre sa mère et son œuvre.

« J’aurais pu refuser la succession mais la seule idée que les droits sur son œuvre allaient être vendus aux enchères par l’État m’était insupportable. »

Comme vous le savez peut-être, Denis Westhoff finit par accepter : près de 10 ans plus tard, la succession est presque réglée. Il a créé le prix Sagan. Il est parvenu à récupérer la plupart des droits d’auteur, laissés en jachère par les différents éditeurs, pour rééditer l’œuvre, chez Stock en particulier.

sagan stock sagan stock2

Aujourd’hui Sagan est traduit dans le monde entier, ses ouvrages sont réédités et reconnus. Son fils peut donc se considérer victorieux. Mais il restait à fermer le caquet des critiques une bonne fois pour toute : cette biographie y parvient, à la manière d’un plaidoyer ferme et aimant envers une femme qu’il a toujours admiré et qui fut une bonne mère.

sagan et denis

Dans ces quelques deux cent pages, nous retrouvons ce qui fait la « légende Sagan » : les voitures de course, la vitesse, le jeu, l’alcool. Mais nous découvrons également une Sagan intime, qui aménage sa maison de vacances, qui rencontre le père de Denis. Loin de la Sagan flambeuse, qui se mit elle-même sous tutelle pour qu’on l’aide à contrôler son argent. Plus proche d’une femme qui voulut toute sa vie être libre, qui a rejeté la conformité de tout poil, qui a refusé un siège à l’Académie française.

« elle considérait que la gloire, les récompenses, les honneurs, les médailles étaient incompatibles avec son métier, ses convictions, ses envies et ses passions. Elle leur trouvait un côté figé, définitif, immuable, en contradiction totale avec l’esprit et la vie d’un écrivain. »

Bien que cette biographie ait un parti pris évident – et à quoi s’attendre d’autre de la part d’un fils ? – elle nous offre aussi ce que seul un fils pouvait voir et savoir : les fragilités d’une femme, ses doutes, mais également sa tendresse, sa gentillesse, sa force d’âme. Et son catéchisme, d’un optimisme et d’un altruisme irrésistibles :

« La seule manière de prendre la vie : comme un opéra comique déjà joué dont on connaît la fin. En espérant désespérément – non pas bien sûr qu’on va survivre, ou qu’on a une chance de s’en tirer […] mais en se servant de son imagination. Parce que l’imagination, c’est le départ de la compréhension. »