sugar beach

Comment se reconstruire après avoir quitté tout ce que l’on aimait, tout ce que l’on connaissait ? Comment devenir une figure parmi d’autres aux États-Unis alors qu’on était tout à l’autre bout du monde ?

Helene Cooper nous emmène au fin fonds de sa mémoire par un roman autobiographique efficace, à la fois tragique et drôle. Elle nous raconte ainsi son enfance dorée, une enfance de Congo, ces descendants d’esclaves américains qui ont fondé le Liberia en 1822 et ont conservé le pouvoir jusqu’en 1980.

« Lorsqu’ils eurent le choix entre l’Amérique et l’Afrique, ils choisirent l’Afrique. Ainsi, cent cinquante ans plus tard, mon enfance ne serait pas celle d’une petite Noire américaine soumise aux préjugés raciaux contre les parasites de l’assistance sociale. Je n’allais pas non plus connaître le lourd destin des petites Africaines subsahariennes, qui ont une espérance de vie d’une quarantaine d’années, quittent l’école à onze ans pour aller chercher de l’eau et cuire le repas sur un feu de charbon, et mettre au monde des bébés à peine plus jeunes qu’elles. « 

Un siècle et demi donc pendant lequel les autochtones sont écrasés, leur parole tue et leurs droits oubliés. Et puis, le 12 avril 1980, alors que la petite Helene pense vivre une journée comme les autres, tout bascule. Et le Liberia sombre dans une terrible guerre civile – qui n’épargnera pas sa famille puisque son oncle sera exécuté et sa mère violée – et un chaos qui dure encore de nos jours. Les dictateurs se succèdent, les carnages se multiplient et les Libériens tentent de survivre …

« Le 24 décembre 1989, Charles Taylor prend possession du Liberia et décime le peu qu’il reste à décimer dans le pays après 8 années de massacres et mauvaise gestion sous Samuel Doe. Les Congos du Liberia et une majorité croissante d’Indigènes pensaient avoir connu l’horreur sous Doe. Avec Charles Taylor, ils vont découvrir que l’horreur a des profondeurs encore insoupçonnées. »

A chaque nouveau coup d’État, c’est une nouvelle ethnie qui est portée au pouvoir, et punit les autres.

Roman historique donc, écrit par la plume d’une journaliste du New York Times qui analyse tous les tenants et les aboutissants de 20 ans d’histoire mouvementée de ce petit d’Afrique. Mais roman autobiographique aussi, où elle dit toute la douleur d’une enfant qui n’a rien demandé, qui ne comprend pas tout et à qui on demande le plus grand des sacrifices : quitter sa maison, sa famille, son pays, ses amis, sa langue. « Comment tu emballes, forces, comprimes ta vie dans deux valises ? ».
Et pourtant, malgré tout, elle parvient à se reconstruire : elle obtient la nationalité américaine, et puis elle finit pas retourner au Liberia, 23 ans plus tard, en tant que journaliste, pour s’apercevoir que le pays qu’elle a quitté à 13 ans n’existe plus, à part dans sa tête.

A partir de sa propre histoire, touchante – même si il lui arrive de rire de la petite fille qu’elle était alors, avec sa lucidité d’adulte – Helene Cooper a écrit un récit passionnant sur le Liberia tel qu’il fut et tel qu’il est aujourd’hui, faisant se télescoper petite et grande histoire. On en apprend à toutes les pages, on grimace devant les atrocités et la folie des hommes, on souffre avec elle, et au final, on termine ce roman essoufflé et décoiffé comme après une longue lutte !

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Autobiographie !

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