spinoza

Irvin Yallom, auteur de romans – essais philosophiques tels Et Nietzsche a pleuré, récidive avec le philosophe Spinoza : lors d’une visite au musée Spinoza, il apprend que le nazi Rosenberg y est venu et a confisqué la bibliothèque pendant la guerre, ayant déclaré avoir trouvé « des ouvrages anciens d’une grande importance pour l’examen du problème Spinoza. »

Il n’en faut pas plus à Yallom pour imaginer un roman construit sur la vie de ces deux personnages : Baruch Spinoza, philosophe juif excommunié en 1656 et Alfred Rosenberg, idéologue du parti nazi ayant contribué à l’extermination des Juifs durant la Seconde guerre mondiale.
Quelle fascination Spinoza peut-il exercer, trois siècles plus tard, sur l’idéologue nazi Rosenberg ? L’œuvre du philosophe juif met-elle en péril ses convictions antisémites ? Qui était donc cet homme excommunié en 1656 par la communauté juive d’Amsterdam et banni de sa propre famille ?

Nous voilà embarqué dans deux histoires parallèles, au fondement de la philosophie spinozienne et nazie, naviguant entre ces deux époques, tentant de suivre l’évolution philosophique de Spinoza et les égarements de Rosenberg, pris dans la nasse d’Hitler (qui l’a d’ailleurs toujours méprisé).

« Alfred Rosenberg, prétentieux philosophe manqué, indifférent, peu aimant et peu aimable, dépourvu de curiosité envers lui-ême, qui en dépit d’un sentiment personnel d’exclusion traverse la vie plein de suffisance, convaincu qu’il est de son importance. »

Son travail était tourné vers la volonté de fonder un antisémitisme sur des faits et non sur des émotions, comme le Fuhrer le faisait.

Si la partie sur Rosenberg est plus connue, quoique ce personnage ne fut pas le plus célèbre des criminels nazis, la construction en miroir reste intéressante pour actualiser la philosophie de Spinoza, souvent considérée comme aride – d’ailleurs je me mets du côté de Rosenberg qui n’a jamais pu comprendre L’Éthique, ouvrage philosophique et compliqué par excellence.

Irvin Yallom a, pour le coup, réussi le pari de nous rendre Spinoza plus accessible, reformulant sans cesse ses idées à travers des dialogues avec ses amis et soutiens de l’époque (qui furent cependant rare tant ces mêmes idées étaient iconoclastes).

« Dites-moi, croyez-vous en un Dieu tout-puissant ? En un Dieu parfait ? Qui se suffit à lui même ?… Alors vous en conviendrez, par définition un être parfait qui se suffit à lui même n’a pas de besoins, ni d’insuffisances, ni de souhaits, ni de volontés.
Alors, poursuit Spinoza, je suggère qu’il n’y a pas de volonté de Dieu en ce qui concerne le comment, ni même le pourquoi le glorifier. Donc permettez moi d’aimer Dieu à ma façon. « 

La grande force de Spinoza est d’interroger, de croire que l’ignorance est la pire des tares et qu’il faut combattre de toutes ses forces pour comprendre et apprendre.

« Je ne crois pas que le questionnement soit une maladie. L’obéissance aveugle sans questionnement est la maladie. « […] Je crois que plus on en saura , et moins il y aura de choses connues de Dieu seul. Autrement dit, plus grande est l’ignorance, et plus on attribue de choses à Dieu. »

Cependant, si j’ai appris beaucoup à travers ce roman philosophique, je ne peux pas dire que j’y ai pris du plaisir : la rhétorique de Spinoza reste aride, tout comme l’érudition de l’auteur, et je peux à vrai dire pas vraiment qualifier ce texte de « roman » dans la mesure où l’action est nulle, le rythme laisse à désirer et les personnages sont inexistants. Tous les dialogues sonnent faux tant ils tendent à démontrer une philosophie, des idées et non véritablement raconter une histoire. Je l’aurais beaucoup plus apprécié finalement s’il avait été étiquetté « essai » directement … (ceci dit, pour l’excuser, Spinoza a vécu une existence tellement contemplative que ce devait pas être facile à traduire en roman …)

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