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« Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter. » (Marguerite Duras).

Et c’est parce que Solange aime beaucoup, beaucoup Kouhouesso qu’elle va tout supporter. Elle est actrice, il est réalisateur. Elle est blanche, il est noir. Et pourtant ils vont vivre une intense histoire d’amour … unilatérale. Elle est amoureuse, il est attiré par elle. Elle est possessive, il est indifférent. Et pourtant, elle s’accroche, parvenant même à participer au casting de son prochain film, qui se déroulera au Congo, adaptation de Au cœur des ténèbres de Conrad. Même si tout le monde prévoit un four, elle y croit car elle l’aime. Mais l’échec de cette aventure ne sera pas seulement cinématographique … Marie Darrieussecq nous plonge au cœur du petit monde d’Hollywood où tout le monde se connaît, se côtoie. Où tout le monde sort ensemble. Où tout le monde se trahit. Car Hollywood n’est pas seulement un lieu artistique, c’est aussi une place financière d’importance où l’argent se croise, et où les agents sont les hommes d’importance. Au milieu de tout ça donc, Solange qui semble si fragile, ne tournant que dans de petits films ou de petites séries, à la fois reconnue comme une bonne actrice mais sans être choisie pour les grands rôles. Et Kouhouesso pour qui le cinéma passe avant tout le reste. Durant tout le roman, on a envie de lui crier de s’en aller, de laisser tomber ce pauvre mec qui ne voit rien, qui est indifférent, monstrueusement masculin souvent, qui l’écrase de ses connaissances, lui donnant l’impression d’être analphabète.

Elle tente pourtant de le comprendre, dans son combat pour que l’Afrique soit reconnue non plus comme un seul pays mais comme une multitude de peuples. Elle l’écoute s’insurger contre ceux qui n’osent lui poser la question de ses origines, craignant d’être taxé de racisme. Et elle est de plus en plus perdue ..

« Deux moi et demi. Au bout de combien de temps se rompt un lien? Se dénoue une histoire? L’amour, lui, empirait. L’amour idiot, celui qui empêche de vivre. Le désir qui est une des formes de l’enfer. »

Amour aveugle, amour impossible pour la petite Solange, héroïne de Clèves où elle vivait dans une autre tribu, dans son village natal du Pays basque. Avec finesse et talent, Marie Darrieussecq décrit cette valse des sentiments, une histoire d’amour à l’ancienne, transposée dans le présent américain, l’Hollywood mondialisé où tout est possible. Par des phrases courtes, élégantes et claires, elle nous fait ressentir les affres de l’amour, dans le sillage de l’Homme adoré. J’ai apprécié la manière dont tout semble tourner autour du racisme, du rapport à l’autre, alors qu’en réalité il m’a semblé que les deux personnages auraient pu être blancs, sans que cela change quoi que ce soit : mais Solange elle-même se persuade que leur couple mixte ne peut pas marcher à cause de cette différence de couleur, et non pas à cause d’un Kouhouesso impiffrable et manipulateur …

Une belle découverte de cet auteur, pour moi, que je ne regrette pas.

 

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