la terre

Quinzième volume des Rougon-Macquart, La Terre constitue le retour de Zola à l’étude du mode de vie rural : après L’Oeuvre qui se déroulait au cœur du Paris artistique, l’auteur renoue avec les préoccupations terrestres qu’il avait mis entre parenthèses depuis Germinal. On y suit Jean Macquart, le frère de la Gervaise de L‘Assommoir.

Alors que Jean arrive à Rognes pour chercher du travail, cinq personnages du village sont en ébullition : trop vieux pour travailler la terre, le père Fouan a divisé son bien entre ses trois enfants.

« Mais ce qu’il ne disait pas, ce qui sortait de l’émotion refoulée dans sa gorge, c’était la tristesse infinie, la rancune sourde, le déchirement de tout son corps, à se séparer de ces biens si chaudement convoités avant la mort de son père, cultivés plus tard avec un acharnement de rut, augmentés ensuite lopins à lopins, au prix de la plus sordide avarice. Telle parcelle représentait des mois de pain et de fromage, des hivers sans feu, des étés de travaux brûlants, sans autre soutien que quelques gorgées d’eau. Il avait aimé la terre en femme qui tue et pour qui on assassine. Ni épouse, ni enfants, ni personne, rien d’humain : la terre ! Et voilà qu’il avait vieilli, qu’il devait céder cette maîtresse à ses fils, comme son père la lui avait cédée à lui-même, enragé de son impuissance. »

L’amour de la terre et l’âpreté du gain vont rendre toute l’opération plus difficile que prévu, puisque les héritiers iront même jusqu’à l’élimination des adversaires. On peut visualiser l’ensemble des personnages comme une masse sale, non éduquée et égoïste tentant d’accéder à la richesse et écrasant tous les autres. Aucun sentiment n’est pris en considération, tout y feint, que ce soit l’amour filial, l’amour entre frère et sœur : les alliances se font et se défont au gré des intérêts de chacun. Aucun n’est à sauver. Le désir de possession brutale est au centre de tout, qu’il soit terrien ou sexuel.

Au milieu de tous, mais un peu en second plan, seul Jean Macquart semble être à peu près propre, et tente d’être heureux avec celle qu’il aime.

J’avoue que j’ai fini par être totalement écœurée par cette paysannerie misérable, sordide, brutale. Des défauts dont ne sont même pas exemptés les enfants, qui observent très tôt les manigances, les accouplements des animaux, et se font leur propre idée de l’âme humaine.

Le seul amour qui reste est finalement celui de la terre, mais c’est la seule qui ne peut pas le rendre : « combien pourtant elle était indifférente et ingrate, la terre ! On avait beau l’adorer, elle ne s’échauffait pas, ne produisait pas un grain de plus. »

Et puis quand on ne peut plus travailler cette terre, c’est comme s’il ne restait plus qu’à mourir : les vieux Fouan à la retraite ne savent plus comment s’occuper maintenant que la terre a été donnée aux enfants et qu’eux-même sont des rentiers ! Il manque la télé quoi …

En bref un roman où Zola se fait plaisir en montrant la décadence des paysans eux-mêmes que l’amour imbécile de la terre a mangé, les rendant esclave, leur ôtant toute intelligence. En 400 pages, il nous offre une vision juste – quoique un peu caricaturée – de la bassesse de ces paysans, sans sensibilité ni sentiment. On comprend qu’il ait pu choquer en son temps.

En tout cas, ce n’est pas mon préféré, et de loin, des Rougon-Macquart.

 

 

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