yellow birds

A vingt ans, Bartie est un jeune Américain comme un autre. A vingt-deux ans, c’est un homme détruit, menacé d’une peine de prison. Entre ces deux anniversaires, c’est la guerre en Irak qui a tout ratiboisé. Comment reprendre une vie normale après vingt mois d’enfer ? Comment retrouver le goût de vivre après avoir perdu des dizaines d’amis ? Comment revenir dans sa chambre d’enfant et faire comme si rien de s’était passé ?

Car le passé n’oublie pas, et finit toujours pas nous rattraper …

« Lorsque j’essaie de m’en rappeler dans le détail, je n’y parviens pas. Lorsque j’essaie d’oublier, le souvenir revient d’autant plus vite et avec d’autant plus de force. Sans trêve. »

Entre document et roman, Yellow Birds est le premier texte que je lis sur la guerre en Irak, du point de vue des Américains, et d’autant plus du point de vue d’un jeune soldat, de mon âge, dans un carnage du XXIe siècle.

C’est là-bas en effet que Bartie va laisser sa jeunesse, ses illusions, entre le moment de son engagement et la mort de son ami le plus cher, Murph. Tout le texte est tourné autour de ce dernier, dont on sait qu’il est mort à 18 ans, 10 mois après son engagement, dans des circonstances troubles. Des circonstances dans lesquelles le jeune Bartie ne semble pas être totalement innocent, ce qui le taraude depuis son retour, d’autant qu’il avait promis à sa mère de le ramener vivant.

« Dix mois, plus ou moins, depuis ce jour jusqu’à celui de sa mort. Cela peut sembler court mais toute mon existence n’a depuis été qu’une digression sur ces jours-là. Et cette période semble à présent suspendue au-dessus de ma tête telle une querelle qui jamais ne s’apaisera. »

Pour comprendre, il reprend toute son histoire depuis le jour de son incorporation, son entraînement, leur arrivée en Irak, les opérations diverses et variées. Et puis le décompte des morts, qui les frappe de plein fouet à chaque fois.

« Il semble absurde à présent que nous ayons pu voir en chacune de ces morts une affirmation de nos propres vies. Que nous ayons pu croire que chaque mort appartenait à un temps donné et que par conséquent ce temps n’était pas le nôtre. Nous ne savions pas que la liste était infinie. Nous ne nous étions pas projeté au-delà de mille. Nous ne nous étions jamais dit que nous pourrions faire partie des morts vivants. « 

Ce qu’il y a de grand dans ce roman c’est qu’il n’y a pas de jugement, de parti pris : le narrateur subit cette guerre, comme une fatalité. Et l’auteur ne fait passer aucun message. Car il ne s’agit pas seulement de cette guerre, mais de toutes les guerres de l’humanité qui ont rendu fous puis fauché des jeunes gens dans la fleur de l’âge, siècle après siècle. Et il n’existe toujours pas de remède pour rendre supportable cette horreur (heureusement …). La guerre, ce n’est donc pas seulement celle d’Irak, qui se vit sur le terrain, c’est aussi celle de ramène le narrateur dans sa tête : alors qu’il rentre chez lui et redécouvre les paysages familiers, il se surprend à entrevoir les terrains favorables à une attaque, une butte pour se cacher, un buisson pour se camoufler. Désormais, la guerre ne le quittera plus.

A yellow bird with a yellow bill
Was sittin’ on my window sill
I lured him in with a piece of bread
And then I smashed his little head

Un roman puissant, intemporel, magnifique.

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livre pochePrix des lecteurs 2014