stupide

« Mon chien Stupide », de John Fante, est un roman étrange : nous l’avions sélectionné pour le Club des Lectrices, autour du thème de l’humour. Or, une fois ce livre refermé, la première réflexion qui m’ait venu c’est que je n’avais pas ri une seule fois. Premier échec donc. Puis, alors que je l’avais laissé de côté un moment, il m’a fallu m’attaquer à la chronique pour le blog. Deuxième échec : je n’en avais pratiquement rien retenu. Il fait donc partie des livres que j’ai survolé, ne m’attachant ni à l’histoire – loufoque -, ni aux mots – classiques -, ni aux personnages – barbants et bizarres, bref, un vrai coup de griffe pour moi.

Néanmoins, laissez-moi vous en dire un peu plus sur ce roman … Un jour comme tous les autres jours, un énorme chien débarque dans la famille d’un quinquagénaire raté et désabusé. Un monstre obsédé et mal élevé qui va vite cristalliser les tensions de cette famille en crise, à un moment où le père est confronté au syndrome de la page blanche, où la mère ne le supporte plus, et où les trois enfants partent plus ou moins violemment du cercle familial. Baptisé « Stupide » pour sa balourdise, le chien va les diviser encore plus et servir de catalyseur à l’explosion programmée.

« Il était un chien, pas un homme, un simple animal qui en temps voulu deviendrait mon ami, emplirait mon esprit de fierté, de drôlerie et d’absurdités. Il était plus proche de Dieu que je ne le serais jamais, il ne savait ni lire ni écrire, et cela aussi était une bonne chose. C’était un misfit et j’étais un misfit. J’allais me battre et perdre ; lui se battrait et gagnerait. Les grands danois hautains, les bergers allemands arrogants, il leur flanquerait une bonne dérouillée, il en profiterait même pour les baiser, et moi je prendrai mon pied. »

Pourtant, d’après le narrateur lui-même, « ce chien n’était pas un imbécile » : lorsqu’il n’attaque pas les chiennes – qu’il déteste – et ne tente pas de se faire tous les chiens mâles qui passent, il est plutôt compréhensif et attachant. Il va soutenir certains membres de la famille et  très vite se rendre indispensable.

Mais en réalité ce roman raconte la crise de Henry Molise, qui oscille entre tentatives de fuite – partir à Rome, tout seul, en plaquant tout – et un cynisme salvateur qui s’exprime à travers son rapport au chien.

Entre crise de la cinquantaine, crise de l’adolescence, John Fante signe un roman de la déliquescence des choses, très américain. Or je m’aperçois que j’ai beaucoup de mal avec l’écriture américaine contemporaine, trash et violente, ne lui trouvant ni vie, ni chaleur, ni dépaysement : on y retrouve des portraits de loosers, que rien ne peut sauver, bien loin du romantisme français et anglais que j’aime tant. Et Mon chien Stupide n’y a pas échappé, ce qui explique peut-être mon indifférence envers lui.