filles mère

Duras, Beauvoir, Colette. Trois femmes dont on connaît l’œuvre, sans forcément connaître la vie. Trois femmes que Sophie Carquain a décidé de réunir dans cette biographie romancée passionnante, à travers un angle original : celui du rapport à leur mère, qui fut souvent à la fois un obstacle et une stimulation dans leur destin d’écrivain. Des rapports d’amour aux rapports conflictuels, la mère représente l’enfance, la construction de l’être, la détermination des goûts, des aspirations de ces trois jeunes femmes qui ont grandi différemment avant de se rejoindre dans l’écriture.

Trois femmes qui, de l’Indochine à Paris en passant par la Bourgogne, se sont affirmées, se détachant petit à petit de leur famille pour exister, à travers leur plume.

Trois femmes dont elle rapproche donc les destins, à travers un subtil jeu de rencontres et de lectures croisées.

En s’attaquant à cette biographie, Sophie Carquain a souhaité se mettre au chevet des écrivains pour mieux les comprendre, à travers leur famille :

–                    Marie, mère de Marguerite Duras, très stricte qui pousse sa fille à fonds, mais pas dans le sens de son désir d’écrire. Duras se nourrira de l’Indochine, de la touffeur, mais la mère sera toujours un contre-modèle

–                    La mère de Simone de Beauvoir, qui aurait préféré avoir un garçon et qui l’a poussé dans son sens du combat (alors que sa sœur sera toujours la petite poupée à protéger).

–                    Sidonie, la mère de Colette, envahissante, développant une relation tellement fusionnelle que la crise d’adolescente n’en sera que plus violence.

Pourtant, sans Marie Donadieu, pas de Marguerite Duras. Sans Sido, pas de Colette. Sans Françoise de Beauvoir, pas de Simone de Beauvoir. Toutes sans exception ont de l’admiration pour leur mère, même si elles les étouffent. Toutes devront accepter qu’elle vieillisse et meure. Toutes devront apprendre à exister sans elles, et c’est ce qui fait peut-être leur force …

« Si Marie Donadieu, Sido, Françoise de Beauvoir savaient… Si elles savaient tout ce que leurs filles leur doivent. Les hyper-mères ont été déterminantes, mon seulement dans leurs rêves d’écriture, mais plus précisément dans la mise au monde de leur style propre. »

Inventant parfois là où rien n’est dit, Sophie Carquain ne souhaitait pas faire une œuvre de biographe pure : elle essaye de comprendre leur logique interne, et les analyse à la lumière des avancées de la psychologie et de la psychanalyse contemporaine. Un plus qui peut toutefois rapidement devenir un peu lourd – car la psychanalyse n’existait pas à l’époque des écrivaines évoquées …

Malgré ce défaut, l’auteur produit trois petits romans biographiques intéressants, qui m’ont donné envie de connaître d’avantage l’œuvre de ces trois romancières, à la lumière de leur vie.

En même temps, elle met en valeur un bel hommage à la mère et à la force de la littérature.