saganIl a déjà été beaucoup écrit sur Françoise Sagan : au cours des dix années qui sont passées depuis sa mort, de nombreuses biographies ont fleuri, retraçant la folle aventure de cette croqueuse de vie. Récemment j’ai par exemple lu la version de son fils, Denis Westhoff, qui a voulu rétablir quelques vérités sur sa mère. Car si beaucoup ont écrit, tous n’ont pas été neutres : et comment l’être face à cette écrivaine tellement hors norme, qui les a d’ailleurs toutes refusées toute sa vie ?

« A seize ans […] Françoise trouvait déjà que la vie était lente. »

C’est pour rééquilibrer encore la balance que Denis Westhoff a demandé à Anne Berest non pas une nouvelle biographie mais l’histoire de cette jeune fille de 18 ans qui, un jour de 1954, a déposé son manuscrit dans les grandes maisons d’édition de l’époque. Ce sera Julliard qui réagira le premier. Non pas la plus prestigieuse mais celle qui a flairé le plus vite ce que pouvait donner cette bombe lâchée auprès du public français.

« Bonjour tristesse.
Amour des corps aimables.
Puissance de l’amour
Dont l’amabilité surgit
Comme un monstre sans corps. » Eluard

60 ans plus tard, en 2014, Sagan est passée au rang de classique. Si toutes ses oeuvres ne sont pas égales, Bonjour tristesse reste la plus étudiée, la plus célébrée, la plus reconnue de toutes. Et également la plus controversée. Car cette jeune fille qui avoue ses sentiments pour son père et se livre à tous les excès fait sensation dans la société des années 1950, mais ce sera aussi un raz-de-marée qui n’épargne aucune classe de la société. Tout le monde se bat pour avoir son exemplaire, tout le monde le lit, même si c’est pour ensuite l’interdire ou le retirer des ventes. Bref il fait scandale et on en parle.

Et au milieu de tout ça, une jeune fille tente de comprendre ce qu’il se passe. Elle voit d’un coup s’ouvrir une carrière possible d’écrivain, et sa vie change. Et cela commence par un mariage, celui de Françoise avec la littérature, qui voit naître ensuite non plus Françoise Quoirez, jeune fille bourgeoise de la bonne société, mais Françoise Sagan, écrivaine reconnue.

C’est donc cette histoire que nous propose Anne Berest, à la manière d’un « journal de l’année qui raconterait la parution de Bonjour tristesse ».
Mais si elle nous livre quelques éléments biographiques, ce texte est plus que cela :
« Il ne peut être ni une biographie, ni un journal, ni un roman. Disons que c’est une histoire. Ce serait l’histoire d’une très jeune fille qui écrirait son premier roman. J’y raconterai toutes les étapes de la vie d’un écrivain naissant : l’excitation, la peur, l’attente. »

Ce qu’Anne Berest fait très bien, même si certains épisodes, en particulier ceux tirés de sa vie même – travers que ne nous épargnent jamais les écrivains contemporains – sont superflus : l’épisode de la voyante – où celle-ci voit que l’auteur écrit sur Sagan – m’a fait particulièrement rire …

Et même si elle réutilise toutes les biographies écrites auparavant, s’inscrivant dans une longue lignée de biographes historiens, elle le fait d’une manière intelligente, en rajoutant une touche romanesque.

Enfin j’ai particulièrement apprécié les quelques photographies en noir et blanc, qui rajoutent à la richesse du texte, d’autant qu’elles sont expliquées et mises en situation immédiatement après.

En bref un bon texte, qui permet de découvrir Françoise avant Sagan. Une jeune fille qui se rend compte alors, il y a 60 ans, de ce qu’elle veut faire toute sa vie : « Ne jamais cesser d’écrire, toute sa vie. »

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