contes saké

Il arrive que je reçoive des propositions d’auteurs souhaitant m’envoyer leur ouvrage. Devant l’affluence de ces propositions ces derniers temps, j’ai dû en refuser un certain nombre, épluchant soigneusement la quatrième de couverture avant d’accepter pour être sûre que cela va me plaire. Après bien des déconvenues, je me suis faite plus sélective encore. Mais parfois, certains livres passent à travers les mailles. Les contes de la lune vague après le saké en fait partie. Alléchée par le pitch de l’auteur, féru d’arts martiaux et de culture japonaise, je me suis laissée tenter. Et j’ai bien fait !

J’ai en effet plongé avec délices dans ces petits contes, qui nous sont confiés par un sage japonais, Maître Entaï, qui vit au XVIe siècle mais sait bien des choses qui se passeront dans le futur …

Destinés à l’édification de ses disciples, ces contes sont pleins de sagesse et de conseils pour mener sa vie tranquillement et en accord avec son caractère. Tout au long d’une longue après-midi d’écoute, ponctuée par le remplissage des verres par un saké savoureux, les disciples se pressent donc autour du Maître, à l’affût de ses histoires.

Nous y découvrons un empereur et un peintre, qui cohabitent pendant des décennies et qui apprennent la patience et la vieillesse ensemble; le premier champion de judo (qui n’existait pas encore !) ; des chats, des singes, des corbeaux, etc. Dans la plupart, Maître Entaï montre que la destinée peut être conditionnée par des actes antérieurs, mais que rien n’est vraiment écrit et qu’il est de la liberté de chacun de faire dévier son karma …

Quinze histoires authentiques ou légendaires qui sont des métaphores de la vie. Toutes expriment un comportement, une manière d’être, un état d’esprit pour être capable d’agir avec spontanéité et maîtrise, dans une union parfaite du corps et de l’esprit.

Dans une préface passionnante, l’auteur nous explique d’ailleurs que c’est en cela que la philosophie orientale diffère de la nôtre : chez nous, les intellectuels se prennent les pieds dans les tapis, ils sont bossus. En Asie, c’est une véritable civilisation du geste qui a été érigée, comme partie intégrante de leur éducation : à travers les arts de combat, mais aussi à travers des activités créatives comme la calligraphie, la sculpture, la peinture à l’encre, et autres disciplines. « Pratique (physique) et connaissance ne font qu’un ! » est un vieil adage du Pays du Soleil Levant, qu’on retrouve partout en Asie.

J’ai donc été littéralement charmée par ces contes qui m’ont propulsée dans un temps narratif très différent de ce que je peux lire d’habitude, et que je relirai avec plaisir de temps en temps.

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Pierre DELORME, pratiquant passionné de Kendo, est connu pour ses livres sur le sabre japonais, sa pratique et la philosophie qu’il induit. Écrivain, il est aussi l’auteur de nombreux romans et essais concernant des domaines variés. Imprégné par la civilisation du geste inhérente à l’Asie et plus particulièrement de celle du Japon où il a vécu comme architecte, il déclare : «Ma motivation pour réaliser cet ouvrage est celle d’une profonde conviction : l’art du mouvement, condition essentielle de l’activité de l’homme, nous amène, dans l’harmonie avec l’univers, à une profonde transformation intérieure».