voyage tchaiko

Les rencontres entre un lecteur et son livre sont souvent le fruit du plus grand des hasards. Vous l’avez peut-être remarqué, j’aime commencer mes articles en racontant comment tel ou tel livre a rejoint ma bibliothèque, car c’est rarement anodin. Pour celui-ci, qui traînait depuis plusieurs années dans ma Billy, je m’en souviens comme si c’était hier : une allée du Salon du Livre, mon œil attiré par le nom « Tchaïkovski », mon compositeur préféré, la discussion avec l’éditrice du Castor Astral, mon regret de ne pas pouvoir me le payer (j’étais étudiante fauchée à l’époque), son sourire et son don, en insistant car il était rare que des jeunes soient aussi enthousiastes pour des essais méconnus …

Car qui connaît ce texte de l’illustre compositeur ? Qui sait qu’après une tournée de 3 mois en Europe occidentale, il a souhaité écrire, raconter ses débuts comme chef d’orchestre, nous faire part de ses doutes mais aussi exercer son œil de critique sur la musique de l’époque ?

Peu de gens, et c’est pourquoi je tenais à vous rendre compte de cette lecture.

Petit retour d’abord sur sa biographie.

Russe, fils d’un ingénieur des mines, Tchaïkovski reçoit une bonne éducation et se destine à la magistrature. Enfant anxieux et hypersensible, il étudie la musique et se plaint qu’elle résonne en lui jusqu’à l’obsession.
Mais ce n’est qu’à l’issue de ses études de droit, et après avoir occupé un poste de secrétaire au ministère de la justice qu’il décide en 1862 de devenir un musicien professionnel. Il s’inscrit au Conservatoire de Saint-Petersbourg nouvellement crée pour étudier l’orchestration avec Anton Rubinstein, et la composition avec Zaremba.
En 1866, il est nommé professeur d’harmonie au Conservatoire de Moscou, et commence à composer ses premières œuvres avec une intense activité créatrice qu’il gardera toute sa vie. C’est à cette période qu’il compose avec acharnement ses premières trois symphonies et son premier concerto pour piano. Tissant des liens d’amitié avec plusieurs membres du Groupe des Cinq, il dédie même sa fantaisie ouverture Roméo et Juliette au fondateur de ce groupe, Mili Balakirev.
A partir de 1875, il se lie d’amitié avec Saint-Saëns, fréquente Liszt et Bizet. Mais 1876 est l’année clé, grâce à sa relation avec la richissime Mme Von Meck, son égérie et son mécène, qui le mettra à l’abri de tout problème financier, et lui permettra de se dégager de ses activités de pédagogue afin de mieux se consacrer à la composition.

En 1877, il épousa Antonina Miliukova : un mariage complètement raté qui lui fit prendre conscience de ses tendances homosexuelles, et le plongèrent dans un état dépressif chronique. C’est l’époque où il compose néanmoins son premier ballet, Le Lac des Cygnes, ainsi que l’opéra Eugène Onéguine d’après Pouchkine.
Vers 1880, la réputation de Tchaïkovski se renforce considérablement en Russie, et son nom commence même à être connu à l’étranger, comme il peut le constater lors des voyages qu’il effectue cette même année. Il y remporte de nombreux succès et rencontre les grands compositeurs de son temps : Johannes Brahms, Antonín Dvorák, etc.

« Si je me suis décidé à rendre compte de ce voyage pour le public russe, c’est qu’exception faite de Glinka qui n’a donné à Paris qu’un seul concert, et d’Anton Rubinstein dont la virtuosité géniale lui a depuis longtemps donné droit de cité partout dans le monde, je suis le premier compositeur russe à avoir présenté moi-même mes œuvres à l’étranger. « 

C’est donc ce voyage qu’il décrit : il passe par toutes les villes d’Europe, donnant des concerts, rencontrant l’élite intellectuelle de l’époque, de Liszt à Wagner en passant par Brahms.

Mais le recueil est également composé de quelques écrits et réflexion sur la musique, l’art et les compositeurs de son temps. Ces textes de quelques pages, souvent des articles publiés dans des journaux, complètent le récit du voyage et nous permettent de mieux cerner la sensibilité de Tchaïkovski. On apprend ainsi qu’il n’aimait pas du tout Wagner, même s’il reconnaît la force de sa volonté et de ses idéaux qui ont permis la création du festival de Bayreuth.

Dans tous les cas, ces quelques écrits nous permettent d’entendre directement la voix de ce musicien de génie, qui nous transmet un peu la magie de sa musique …