tyneford

 

« Veuillez prendre soin de l’église et des maisons. Afin d’aider à gagner cette guerre menée pour la liberté, nous avons renoncé à nos foyers où beaucoup d’entre nous ont vécu pendant des générations. Un jour, nous reviendrons ici. Merci de traiter notre village avec égards.
Note que des villageois évacués avaient cloué avant leur départ sur la porte de l’église de Tyneford. Veille de Noël, 1941. « 

Ainsi se termine l’histoire du village de Tyneford, dominé par le château. Ainsi prend fin le monde tel que les gens l’ont connu. Ainsi prend fin une ère de l’humanité, chassée à coups de balais par la guerre et l’aviation allemande.

Elise Landau, l’héroïne de ce roman va l’apprendre à ses dépens quelques années avant, alors qu’elle est obligée de fuir son Autriche natale pour devenir femme de chambre, à l’abri en Angleterre. Ses parents, écrivain et cantatrice reconnus, sont forcés de rester et préfèrent envoyer leurs filles en sécurité, loin des lois anti-juifs.

Elise va donc quitter le cocon familial et la douceur de sa vie bourgeoise pour passer au service d’une famille similaire, mais de l’autre côté, celui des domestiques.

« Lorsque je pensais à l’Elise de Vienne avec sa vie facile remplie de concerts, de bains parfumés et d’amour familial, j’avais l’impression qu’il s’agissait d’une autre personne. »

Mais petit à petit elle s’habitue, et surtout elle rencontre le fils du maître de maison, Kit, qu’elle séduit par ses manières différentes et son anglais abominable … Elle en vient à oublier le malheur qui frappe le reste du monde.

« L’Histoire avait lieu quelque part ailleurs. Des soldats marchaient à travers l’Europe. »

Jusqu’à ce que Kit lui-même décide de s’engager …

Elise apprendra alors qu’on peut vivre plus d’une vie et que l’on peut aimer plus d’une fois.

Je vous entends déjà dire : « olala un énième roman sur la Seconde guerre mondiale, on veut entendre parler d’autre chose ! ». A cela je vous répondrais que si beaucoup a déjà été écrit sur cette période, le propre du roman est de pouvoir dire les choses différemment, d’une manière infinie, en multipliant les points de vue : je n’avais jamais pensé à tous ces Juifs disséminés dans le monde qui ont changé de vie du jour au lendemain, un peu à la manière des Russes blancs, aristocrates forcés de fuir leur pays et qui se retrouvent chauffeur de taxi, videur ou balayeur. De la même manière, le fossé est profond pour la jeune Elise, séparée et sans nouvelle de sa famille.

Malgré tout c’est un bel exemple de courage et de force de caractère, même si parfois j’aurais aimé la sentir moins passive, plus passionnée par ce qui l’entoure. Enfin je ne parviens pas à pardonner à l’auteur quelques procédés faciles, en particulier la manière dont il se débarrasse de ses personnages ..

Malgré cela, un bon roman historique à découvrir si l’on s’intéresse à cette période, et un page-turner agréable.

livre poche