collines

Le dernier Duong Thu Huong ! J’ai sauté de joie quand je l’ai reçu, tout à mon plaisir de dévorer ce gros pavé de mon auteur vietnamienne préférée. Je l’ai laissé mûrir lentement dans ma bibliothèque, attendant des vacances pour l’attaquer car je voulais avoir le temps de le déguster, sans être interrompue par le boulot ou déconcentrée dans le métro. Malheureusement, je vais devoir vous faire un aveu : j’ai été déçue. J’ai mis du temps à le terminer car je me suis lassée au milieu. Mais laissez-moi vous en dire davantage …

Dans Sanctuaire du Cœur, Duong Thu Huong avait introduit un personnage intéressant : le jeune Thanh, son neveu. Jeune homme de bonne famille, celui-ci disparaît dans l’année de ses seize ans et ne redonne jamais de ses nouvelles. Duong Thu Huong avait donc décidé d’imaginer ce qu’il avait bien pu se passer dans la tête du jeune homme, et ce qui a pu lui arriver. 700 pages que j’avais apprécié, même si certains passages m’avaient semblé long.

Dans Les Collines d’Eucalyptus, l’auteur élabore une autre hypothèse : cette fois Thanh n’est pas devenu gigolo mais il a suivi un voyou dont il était amoureux, amour qui s’est petit à petit transformé en haine et qui fait que nous le retrouvons trois ans plus tard dans un bagne où il a été condamné à des années de prison. Durant 800 pages, Duong Thu Huong alterne la vie de Thanh en prison et son histoire, qui l’a mené jusqu’ici. Fidèle à son habitude, elle peint des portraits de tous les gens que le jeune garçon rencontre, élaborant petit à petit une immense fresque de la société vietnamienne.

« La vraie vie, ce ne sont pas les équations mathématiques et les leçons d’histoire ! Dans la vraie vie, il y a des gouffres vertigineux, des grottes profondes, il y a des salauds, des voyous au comportement fangeux. »

Avec pour thème central l’homosexualité, encore mal acceptée au Vietnam, ces deux romans fonctionnent comme un diptyque complet de la vie urbaine vietnamienne. Portrait sociétal mais aussi portrait psychologique approfondi de Thanh, c’est aussi le roman de la rédemption, portée par le tableau qui a inspiré cette histoire à Duong Thu Huong, Le retour de l’enfant prodigue, de Rembrandt.

fils prodigue

J’ai pris plaisir à retrouver, comme d’habitude, l’écriture fluide et si poétique de Duong Thu Huong.

« Ils se faisaient face, assis à une table sous une fenêtre de l’hôtel. De là, ils apercevaient la surface miroitante du lac et les forêts de conifères qui s’étalaient jusqu’à l’horizon, où les montagnes se chevauchaient pour offrir au spectateur toutes les nuances de vert profond et de bleu intense jusqu’à la teinte du jade. Au-dessus les nuages formaient un voile de fine dentelle aux motifs sans cesse changeants en fonction de l’intensité lumineuse du crépuscule. »

Néanmoins, pour la première fois je me suis lassée de ses histoires, trop longues, trop digressives, trop fournies, qui nous fait perdre le fil de l’histoire principale. Pour la première fois, j’ai trouvé que certains dialogues sonnaient faux, et les personnages m’ont agacés, me semblant parfois caricaturaux. De plus, la thématique était trop similaire à son roman précédents, et m’a moins intéressée. Je préfère finalement ses premiers romans comme Au-delà des illusions ou Myosotis qui, s’ils abordent des sujets importants, me semblent plus directs, plus frais, plus vivants.

Serais-je arrivée au bout de mon admiration pour cet auteur que je vénère depuis tant d’années ? Ou Les Collines d’eucalyptus est-il un signe de l’essoufflement de sa plume ?

Dans tous les cas j’espère qu’elle saura se renouveler … Et si vous ne la connaissez pas, je ne peux que vous inciter à découvrir les deux romans précédents cités ou son magnifique Terre des oublis, mon préféré ex-æquo avec Au Zénith.