hooligan

A cinq ans, Norman Manea est déporté. Il reviendra 4 ans plus tard, marqué à vie, dans sa patrie devenue communiste. « L’horreur n’avait pas remplacé l’ancienne. Elle s’y était ajoutée : elles allaient main dans la main. » Quelques décennies après, en 1986, il décide d’émigrer pour échappe à l’étiquette de « hooligan » qui lui colle la peau, c’est-à-dire le marginal, le non-aligné, l’exclu. Car il ne se laisse pas faire face à la violence idéologique qu’est le communisme, et ne se prive pas de le dire. Vingt ans plus tard, il a l’opportunité de rentrer au pays, dans une Roumanie débarrassée du communisme mais non pas de ses stigmates. C’est ce voyage de retour, truffé de flash-backs, qui est raconté ici.

En plus d’une certaine hostilité, il doit faire face à ses propres sentiments : il se rend compte qu’en vingt ans il était devenu un étranger dans son propre pays, mal à l’aise avec la langue roumaine, qui est pour lui le fondement de son identité. « C’est la langue qui est votre blessure. »

Une identité qu’on lui refuse d’ailleurs puisqu’on le classe dans la catégorie des « écrivains juifs de langue roumaine » et non pas « écrivain roumain ».

« Je ne savais pas si je voulais éviter de rencontrer là-bas le moi d’autrefois, ou si je redoutais d’être identifié à ma nouvelle image, auréolée des lauriers de l’exil et des malédictions de la Patrie. »

Après avoir vécu une non-existence aux États-Unis, l’île de la liberté par rapport à la Roumanie, dans l’anonymat et la transparence, il revient donc sous la lumière des projecteurs, auréolé de son prestige d’écrivain mondialement connu quoique soupçonné d’amitié avec la puissance américaine, vestige de la guerre froide.

« Le crétinisme rayonnait partout, on pouvait difficilement y échapper. »

Roman autobiographique atypique, Le retour du hooligan est un véritable pêle-mêle dans lequel il est difficile parfois de se retrouver : l’auteur évoque l’Histoire à chaque ligne et il n’est pas toujours facile de comprendre à quoi ou à qui il fait allusion. Mais malgré ces difficultés, je n’ai pas pu faire autrement d’aller jusqu’au bout de cette lecture qui nous envoûte malgré nous, tant on est plongé au cœur d’un maelström d’émotions que l’auteur sait parfaitement rendre : « La honte secrète, farcie de furoncles purulents. La honte de n’être pas parti à temps, la honte d’être parti quand même, la honte d’être ramené au point de départ ». Tout se mélange et suinte le mal-être, la peur, la désorientation d’un homme qui a perdu ses racines. La littérature fut donc – et est toujours – le seul refuge possible contre ces sentiments, rempart qui peut paraître dérisoire face à la violence de l’exil, mais qui l’a sauvé.