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En retard, en retard … vous avez maintenant l’habitude de lire mes chroniques en retard, quelques semaines (voire plus) après ma lecture. En juin, j’ai battu tous les records puisque je n’ai chroniqué AUCUN livre que j’ai pu lire (à part les bandes dessinées) … J’ai donc décidé d’employer les grands moyens, et de tricher un peu, en rédigeant deux articles qui contiendront des chroniques plus courtes de chacune de mes lectures ! C’est aussi l’occasion pour vous de faire le plein d’idées avant les vacances !

Nicolas d’Estienne d’Orves / Les fidélités successives

fidélités

Dans le Paris occupé, Guillaume ne se sent pas vraiment concerné par la guerre car originaire des îles anglo-normandes, encore et toujours fièrement indépendantes. Pourtant, il va être obligé de faire des choix qui le conduiront face au tribunal de Nuremberg qui juge les cas de collaboration. Quelques années plus tard, un homme étrange va à la rencontre du frère et de la demi-sœur de Guillaume, pour leur remettre un manuscrit écrit par lui, visant à expliquer ses agissements.

Nous voilà plongés au cœur de la Seconde guerre mondiale, non pas celle des conflits et des obus, mais celle plus feutrée qui a lieu dans le Paris intellectuel des années 40. On y croise Cocteau, Marais, Céline. Autant d’artistes et d’écrivains qui ne sortiront pas intacts de la tourmente …

Dans ce roman très habilement mené, et qui nous fait découvrir un aspect moins connu de la Seconde guerre mondiale, aucun personnage n’est celui qu’il semble être. Fiction romanesque, chronique historique, roman d’amour et feu d’artifice d’intelligence et de sentiments, Les fidélités successives démontre avec brio que rien n’est tout blanc ni tout noir et que la palette de gris des émotions humaines est infinie …

« J’étais trop ambigu pour mon époque, trop inclassable. La France aime les cadres et les cases. Sortez du carcan bon-méchant, blanc-noir, affront-vengeance, et l’on vous regarde avec méfiance, comme si vous étiez plus dangereux qu’un assassin. C’est là une maladie très française, ce besoin cartésien de mettre des étiquettes, d’inventorier, de trouver une logique. Il n’y a pourtant aucune logique dans ma vie. Juste un destin. Le destin d’un homme à cheval entre deux cultures, deux mondes, deux pays, deux rives, deux aspirations, deux familles d’esprit, deux rêves de gloire, deux amours. »

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Khaled Hosseini / Ainsi résonne l’écho infini des montagnes

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A Shadbagh, un minuscule village agricole, Abdullah, 10 ans, s’occupe de sa petite sœur Pari. Entre les deux enfants, le lien est indéfectible : ils passent leurs journées ensemble, se protégeant mutuellement, et oubliant ainsi la mort de leur mère, l’absence de leur père qui lutte contre la misère. Et puis vint ce jour fatal où le père d’Abdullah fait un choix irrévocable. Les deux enfants sont séparés à jamais.

A partir de ce début déjà fort, Khaled Hosseini déplie une galerie de personnages ayant un lien avec cette histoire, même s’il peut sembler parfois bien ténu : de la France aux États-Unis pour revenir en Afghanistan, nous découvrons Pari adulte, sa fille, un gardien de maison peu ordinaire, des émigrés afghans réellement déracinés au point de ne plus connaître ni comprendre leur propre pays, etc. Des années 1950 au début du XXIe siècle, l’auteur dresse un portrait en creux de l’Afghanistan, de son évolution et de sa lente descente aux enfers. Et questionne sur ce qui fait l’identité d’une personne : sa langue, sa culture, son passé ou la vie qu’elle peut mener ?

« Tu as de la chance, commente t-elle
– Comment ça ?
– De savoir d’où tu viens
[…] C’est important de connaître tes racines et l’endroit où tu as commencé à exister en tant qu’être humain. Sinon ta vie te paraît irréelle. Pareille à un puzzle. Tu comprends ? Comme si, après avoir raté le début d’une histoire, tu te retrouvais soudain au milieu, à essayer de tout démêler. »

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Susan Fletcher / Les reflets d’argent

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Il y a des années, un habitant d’une île lointaine aperçoit dans la mer un homme doté d’une queue de poisson. Un jour, un étranger est retrouvé étendu sur la plage, comme venu de nulle part. Il n’en faut pas plus pour que les habitants de l’île y voit la réincarnation de la légende de l’homme-poisson. D’autant que 4 ans plus tôt, le jeune Tom s’est noyé et son corps n’a jamais été retrouvé. Et personne n’a jamais fait son deuil. L’homme-poisson, en quelques jours, va bouleverser tout l’équilibre de cette petite communauté et leur redonner espoir, l’espoir de l’oubli et d’une vie sans remords.

Susan Fletcher fait partie de ces auteurs contemporains dont j’attends toujours les publications avec impatience. Après Un Bûcher sous la neige qui fut un coup de cœur, Avis de tempête et La Fille de l’Irlandais, tous trois très beaux quoique très différents, Les Reflets d’argent fut aussi une très belle découverte. On est littéralement porté par la langue superbe de Susan Fletcher, qui apporte une dimension poétique à une histoire déjà magnifique où il est question de deuil, de famille, et de vie. Et de mer. Une mer qui fascine même si elle est meurtrière, une mer qu’il faut connaître et éviter parfois, une mer qui met face à ses propres profondeurs, à ses propres secrets, une mer qui incite au mouvement, à l’action, pour ne pas se laisser dépérir.

« Qu’est-ce qui fait une bonne histoire ? Il faut qu’il y ait du bonheur- des gens qui le trouvent. Il faut un paysage qui nourrisse l’esprit, et soit si parlant qu’on ait l’impression d’y être. Il faut de l’amour. Peut-être un peu de tristesse. Et il faut un voyage, d’une façon ou d’une autre. »

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William Wilkie Collins / Pauvre Miss Finch

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Lu pour Le Club des Lectrices de juin (qui n’a finalement pas eu lieu), j’ai préféré m’attaquer à ce roman en anglais, puisque ainsi j’ai pu le lire en numérique ! Même si ce fut long (une bonne semaine tout de même), j’en suis venue à bout !

J’ai pu ainsi découvrir en V.O les aventures de la pauvre Miss Finch, devenue aveugle à 1 an, et qui va avoir le malheur de tomber amoureuse d’un jeune homme un peu mou, Oscar. Or ce dernier a un frère jumeau bien plus brillant, Nulgent. Lorsque Oscar tombe malade et qu’il doit prendre un médicament qui va le défigurer à vie, alors que Miss Finch a l’opportunité de se faire opérer des yeux, les deux frères vont faire un choix terrible …

Le récit est fait de la bouche de Madame Pratolongo, jeune veuve d’un révolutionnaire idéaliste, qui va devenir l’accompagnatrice de la jeune Miss Finch. On s’attache rapidement à cette narratrice originale, qui sera d’un bout à l’autre tiraillée par l’envie de dire la vérité, et la peur de blesser mortellement sa jeune protégée. En réalité, tous les personnages sont tiraillés par ces deux sentiments, et c’est leur inertie qui va créer le drame …

Même si j’ai apprécié l’histoire, j’avoue que je l’ai trouvé un peu trop lente, et de la même manière que dans Secret absolu, j’avais deviné la fin à peu près à la moitié du roman. L’intrigue trop ralentie m’a donc lassé au milieu, ainsi que le côté caricatural des personnages : Lucilla est à claquer dans le rôle de la jeune fille fragile à protéger, Oscar aussi dans le genre larmoyant mou, etc. En bref une expérience de lecture très mitigée. Je préfère vous conseiller La Dame en blanc, mené tambour battant et impossible à poser une fois commencé !

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Colette / Claudine à l’école

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Claudine a quinze ans et c’est sa dernière année d’école. Elle passera bientôt son certificat puis elle sera libre. Mais elle ne veut pas partir sans laisser un peu sa marque : jeune fille brillante mais dissipée, elle scrute les faits et gestes de son entourage, en particulier les adultes, pour y apprendre directement la vie ! Elle ne laisse ainsi pas passer les amours clandestines de la directrice avec une des institutrices, ou les tentatives de séduction des pions pas indifférents aux grandes filles. Sans pitié, elle met au jour les trahisons, les amours non partagés et se délecte des mille drames de la vie quotidienne de l’école.

Loin de la mièvrerie à laquelle je m’attendais avec cette série, je ne peux pas dire cependant que j’ai réellement apprécié ce roman. Claudine a très vite fini par me taper sur les nerfs avec ses airs de je-sais-tout, je-me-mêle-de-tout, avec sa manière de critiquer et ses petites manies impertinentes. Et puis l’écriture me semble avoir vieilli, ce qui est d’autant plus drôle que ce même style, naturel, fit scandale à l’époque ! Je pense que c’est surtout ma non-adhésion à ce style qui m’a fait passer à côté de cette œuvre que l’on dit drôle et divertissante, mais qui n’a pas eu cet effet-là sur moi …

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Maurice Leblanc / La Comtesse de Cagliostro

arsène lupin

Quoi de mieux qu’un petit Arsène Lupin pour renouer avec le plaisir de lire ? J’ai enfin terminé le deuxième tome des aventures de ce gentleman cambrioleur dont je suis un peu tombée amoureuse … Au fil des épisodes, le personnage mondialement célèbre de Maurice Leblanc gagne en épaisseur, en complexité, tout en gardant son style léger, son humour et son grand cœur ! La Comtesse de Cagliostro me semble un peu à part dans toutes ces aventures car pour la première fois depuis le premier épisode, Maurice Leblanc revient sur la jeunesse de son héros : nous découvrons ainsi la première grande aventure de Lupin, celle qui lui a fait se décider à faire du vol et de la cambriole l’art de toute une vie.

« Je ferai la guerre aux hommes ! Et je crois vraiment que je suis fait pour cela, Josine ! Oui pour l’aventure, pour la conquête, pour l’extraordinaire et le fabuleux. Je sens qu’il n’est point de situation d’où je ne puisse sortir à mon avantage. « 

C’est aussi l’épisode où il décide de se faire appeler par le nom de son père, définitivement. « Raoul d’Andrésy .. Arsène Lupin … les deux faces de la statue ! Quelle est celle qu’illuminera la gloire, soleil des vivants ? »

Et c’est aussi et surtout le premier grand amour de Lupin, envers la comtesse de Cagliostro, étrange femme qui se révélera au final plus forte que lui et imprimera sa marque dans son jeune esprit.

Un excellent Lupin, servi par la plume toujours aussi pétillante, vive et subtile de Maurice Leblanc !

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Jørn Rien / Le jour avant le lendemain

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Vous-est-il déjà arrivé de terminer un roman et de se dire à la toute dernière page : mais au fait, je l’ai déjà lu celui-ci ! J’espère que je ne suis pas la seule car c’est effectivement ce qui m’est arrivé avec ce roman, et c’est très étrange ! Je n’avais aucun souvenir du texte, sauf au moment où je lisais le dénouement … Ce qui ne m’a cependant pas empêché de l’apprécier !

Tandis que la saison de chasse vient de se terminer pour la tribu de Katingak, Ninioq et son petit-fils Manik partent sur l’île de Neqe, ou ils doivent faire sécher la viande et le poisson récoltés. Là-bas, la doyenne lui transmet les traditions et les légendes de la tribu. Mais quelque chose est arrivé. Depuis des semaines déjà, on aurait dû revenir les prendre. Que s’est-il passé ?

Roman court, Le Jour avant le lendemain est pourtant un texte extrêmement fort, comme sait si bien le faire Jørn Rien, spécialiste des peuples arctiques. Il excelle en effet à en comprendre le fonctionnement, les modes de vie, et à récupérer les mythes et légendes qui y circule. Un texte magique à découvrir sans tarder ! 

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et puis des BDs, que j’ai déjà chroniquées …

Jiro Taniguchi / Le promeneur

Edith et Coral / La chambre de Lautréamont

Laurent Galandon / L’envolée sauvage T1 et 2

Xavier Fourquemin / Le Train des Orphelins T1 et 2

Mirka Andolfo et Fabio Celoni / Les cerfs-volants de Kaboul (roman graphique)

Jacques Ferrandez / L’Hôte

La suite des chroniques bientôt !