Qui l’a écrit

Mary Webb naît à Leighton, dans l’Ouest de l’Angleterre, région où elle demeurera presque toute sa vie,  fascinée par la nature qui l’entoure. En 1912, elle épouse l’instituteur Henry Webb, et ils s’installent en ville pendant deux ans. Mais la campagne manque trop à Mary Webb, ils s’installent alors à nouveau dans le Shropshire. Elle écrit alors son premier roman, Golden Arrow, publié en 1915, qui reçoit de nombreux éloges, mais n’amène pas le succès d’argent. En 1921, elle s’installe à Londres, où elle écrira Sarn, inspirée par la campagne de son enfance. Le titre fut extrait du poème « Paradise Lost » de John Milton. Elle meurt à l’âge de quarante-six ans en 1927. Un an après sa mort, le premier ministre britannique de l’époque, Stanley Baldwin, préface Sarn et fait découvrir au monde cette œuvre et cet auteur peu reconnu de son vivant.

Sa bibliographie :

  • Golden Arrow, 1916
  • La Renarde (Gone to Earth), 1917
  • Le Poids des ombres (The House in Dormer forest), 1920
  • Sept pour un secret (Seven for a secret), 1922
  • Sarn (Precious Bane), 1924

Ce qu’il y a dans Sarn :

L’histoire d’une famille au cœur de l’Angleterre rurale à la fin du XIXe siècle, près de l’étang de Sarn, où tout semble se faire l’écho des malédictions et des légendes ancestrales. Prue, la narratrice et la fille de la famille, affublée d’un bec-de-lièvre, raconte les événements qui ont touché sa famille à la mort du père, « mort dans ses bottes » (signe de malédiction …). Un récit au cœur d’une campagne rude, et souvent confrontée à la superstition. Mais aussi une belle histoire d’amour avec un homme en dehors de son époque et de ces superstitions.

Ce que j’en ai pensé

Ne connaissant pas du tout cet auteur et cette œuvre, qui est apparemment sa meilleure, je suis donc rentrée sans a priori dans ce texte, où j’ai retrouvé avec délice l’écriture du XIXe que j’apprécie énormément.

Mary Webb se fait le chantre d’un après-romantisme, dans ce texte lyrique où la nature est un personnage à part entière, qui peut aussi bien donner généreusement que punir. Extrait pour vous donner la preuve de la beauté de ce texte :

« Je n’ai jamais compris, et ne comprends pas encore pourquoi , par les nuits d’été, les blés brillent ainsi d’une clarté lunaire, même en l’absence de lune. Mais ce spectacle est merveilleux, quand le grand silence du plein été et de la nuit profonde enveloppe la terre au point que le tremble même, si bavard, n’ose plus rien dire et retient son souffle, comme s’il attendait la venue du Seigneur. »

Pleine d’espoir, de douceur de vivre et de gentillesse, on s’attache rapidement à cette jeune fille à qui l’on a rapidement fait comprendre que son infirmité, signe du diable, l’éloignera toujours des hommes et du bonheur : « J’étais comme la jeune fille qui, le premier jour de mai, se tient à la croisée des chemins pour offrir un bouquet au cavalier qui va passer. Et voilà que ce cavalier m’avait renversée et abandonnée avec mes fleurs dans la boue ! ».

Et pourtant elle continue à se battre, sans rancœur ni aigreur face à ce destin injuste. Et elle laissera parler son cœur, même après avoir tout perdu. « Il y a des catastrophes qui vous font bondir et courir pour sauver votre vie; mais il y en a d’autres qui sont bien pires car elles ne vous laissent plus rien à faire. Alors tombe sur votre âme une immobilité semblable à celle du lapin quand l’hermine le couve du regard et qu’il se sent perdu. »

On se laisse donc littéralement emporter, entre les descriptions magnifiques de cette nature sauvage et dangereuse, et la compagnie des hommes, qui l’est tout autant, à travers le récit de la sensible Prue. Une très belle expérience littéraire, d’une force poétique rare, loin de la mièvrerie amoureuse que peut nous laisser attendre la quatrième de couverture …

Un livre à avoir chez soi.

Lettre W !

11/26

best of the best