« Penché sur les victimes et mêlant ses larmes aux leurs, se faisant leur interprète auprès de ses lecteurs, mais, comme un défenseur prudent, ne cherchant point trop à pallier la faute de ses clients […], le romancier est le véritable avocat des êtres abstraits qui représentent nos passions devant le tribunal de la force et le jury de l’opinion. » (Préface)

Le livre

Dans ce roman, George Sand relate la rencontre entre Indiana, une jeune femme élevée à la Réunion qui suit à Paris son mari, vieux colonel colérique et jaloux; et Raymon, l’homme du monde par excellence. L’histoire d’un amour raté, de malentendus et de trahisons.

Ce que j’en ai pensé

Il s’agit de la première œuvre rédigée seule par George Sand, et publiée sous ce pseudonyme. Dans la préface, elle affirme  : « Ceux qui m’ont lu sans prévention comprennent que j’ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, il est vrai, mais profond et légitime, de l‘injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l’existence de la femme dans le mariage, dans la famille et la société. Je n’avais point à faire un traité de jurisprudence, mais à guerroyer contre l’opinion ; car c’est elle qui retarde ou prépare les améliorations sociales. »

Ce premier roman est donc une véritable profession de foi, de défense de la liberté féminine dans une société où il existe des hommes qui peuvent dire sans rougir, comme le colonel Delmarre : « Qui donc est le maître ici, de vous ou de moi ? qui donc porte une jupe et doit filer une quenouille ? »

A quoi Indiana répond : « La loi de ce pays vous a fait mon maître. Mais sur ma volonté, monsieur, vous ne pouvez rien. »

Ces deux répliques montrent la révolution d’Indiana au cours du roman, de jeune fille naïve et presque faible mais entière, victime des romans qu’elle a lu (« Il faut m’aimer sans partage, sans retour, sans réserve; il faut être prêt à me sacrifier tout, fortune, réputation, devoir, affaires, principes, famille; tout, monsieur, car je mettrai le même dévouement dans la balance et que je la veux égale »), qui cède sous les fables de Raymon; à celle d’une femme qui revendique non pas une liberté physique mais bien une liberté de penser et d’aimer. Car « Les femmes ont rarement le courage physique qui consiste à lutter d’inertie contre la douleur ou le danger; mais elles ont souvent le courage moral qui s’exalte avec le péril ou la souffrance. »

Or Indiana souffre tout au long du roman, dans sa vie morne et ennuyeuse, entre trois hommes qui ne la comprennent pas, qui ne semblent pas être capables d’affection : Delmarre est jaloux mais ridicule; Raymon, au départ aimant, devient vite indifférent (« De ce moment-là, il ne l’aima plus« ). Enfin, il faut s’arrêter quelques minutes sur la troisième figure masculine : Sir Ralph, qui a élevé Indiana comme sa fille et l’aime plus que tout, même si son flegme britannique est très exaspérant ! On s’aperçoit tardivement qu’il est en réalité le personnage le plus important de ce roman, le plus passionné et le plus aimant. Une découverte qui me pousserait presque à relire le roman avec un regard différent, éclairé par la fin …

C’est donc au final un magnifique roman sur l’amour, le désespoir auquel il peut conduire, mais aussi sur la vie, la renaissance, la nature et enfin, la sérénité. Un roman bouleversant.

Merci à George de m’avoir incité à découvrir plus avant ton auteur fétiche, au-delà de l’image que j’en avais de romancière champêtre; et merci de m’avoir encouragée à continuer le roman alors que je me décourageais … la fin en valait vraiment la peine et donne une belle résonance à l’œuvre !

Incursions

« L’homme met rarement ainsi de sang-froid sa conscience sous ses pieds. Il la retourne, il la presse, il la tiraille, il la déforme; et quand il l’a faussée, avachie et usée, il la porte avec lui comme un gouverneur indulgent et facile qui se plie à ses passions et à ses intérêts, mais qu’il feint toujours de consulter et de craindre. »

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« Ennuyer, c’est descendre aussi bas qu’il est possible dans le cœur de ce qu’on aime ».

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2/3

best of the best